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Sicario et Au-delà des montagnes affiches film cinéma

[Critiques Cannes 2015] « Sicario » & « Au-delà des montagnes »

Le plaisir de ce festival est de pouvoir passer d’un continent à l’autre, de changer d’atmosphère en quelques instants. Pour ce 8e jour, on fait le grand écart avec le film américain Sicario de Denis Villeneuve et le film chinois Au-delà des montagnes (山河故人) de Jia Zhang-Ke. Les avis et critiques films de Bulles de Culture.

Un Sicario en-deçà des films précédents de Denis Villeneuve

 
Sicario - image
© Metropolitan FilmExport

Synopsis :

Au Mexique, « Sicario » signifie tueur à gages. La frontière entre les États-Unis et le Mexique est une zone de non-droit, gouvernée par la milice de la drogue. Kate (Emily Blunt), jeune recrue du FBI, est envoyée en mission pour lutter contre ce fléau. Elle est épaulée par un consultant énigmatique et borderline (Benicio Del Toro).

Denis Villeneuve livre avec Sicario un film à l’esthétique parfaite. Il sait capter les lumières très vives, faisant ressortir un univers chaud, voire désertique, tout à la fois hostile et déroutant. Avec sa caméra, il montre la violence inouïe d’un combat contre l’illégalité.

Les personnages apportent une complémentarité parfaite à l’histoire. Si la jeune femme est pleine d’idéaux pour l’avenir, le personnage incarné par Benicio Del Toro ne croit plus en la justice étatique. Ce conflit générationnel est au centre de cette mise en scène plutôt intéressante.

Pourtant, si le point de départ est ultra-efficace — on est au cœur de la fusillade —, les longueurs arrivent rapidement, laissant place à l’ennui. Il y a un manque d’inventivité pour faire rebondir une intrigue qui a vocation pourtant à être rythmée.

Emily Blunt est un peu fade dans ce rôle de femme fragile alors que Benicio Del Toro assure. Son interprétation est dans la même veine que dans Paradise Lost d’Andrea Di Stefano, intense et torturée.

On est fan des précédents films de Denis Villeneuve, en particulier Incendies et Prisoners. On est donc forcément un peu déçu face à ce film de guerre très connoté américain.  

Au-delà des montagnes, la réincarnation

Mountains may depart - image
© Ad Vitam

Synopsis :

Tao (Zhao Tao) est une jeune femme amoureuse de deux amis d’enfance. Elle va devoir faire un choix impossible qui guidera sa vie ainsi que celle de son futur enfant, Dollar.

Oscillant entre plusieurs âges et plusieurs formats cinéma, le film Au-delà des montagnes de Jia Zhang-Ke est plein d’ésotérisme. Il parle de souvenirs, de réincarnation et de construction de soi. On baigne dans la subtilité des non-dits avec plusieurs étrangetés positives :

  • un avion qui s’écrase en plein milieu d’un champ,
  • un malade atteint d’un cancer qu’on ne revoit plus en fin d’histoire.

Chacun apportera sa propre réflexion sur la signification de ces signes qui peut être diverse.

C’est toujours avec une dramaturgie très lente que le réalisateur de Touch of Sin réussit à nous transmettre des émotions. Un vieux tube cantonnais des années 90 sert de liens entre toutes les péripéties et permet un recentrage constant sur le personnage principal.

C’est aussi une œuvre profondément sociétale qui montre l’étrange évolution de la Chine à travers plusieurs époques. De l’émergence à la pleine expansion, le réalisateur se risque même à une prévision en 2025 d’un pays en petite régression.

Un prix de la mise en scène serait bienvenu pour ce film captivant.

En savoir plus :

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.

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Antoine Corte

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