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Maestà, la Passion du Christ (2015) d’Andy Guérif

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Maestà, la Passion du Christ  d’Andy Guérif (en compétition internationale au FID 2015) est un film qui invite à questionner les rapports entre peinture et cinéma. Notre avis sur le film.
      

Synopsis :

Andy Guérif adapte la Maestà de Duccio en tableau vivant : le récit de la passion du Christ en 26 panneaux successifs, de l’entrée à Jérusalem au chemin d’Emmaüs.

 

Adaptation du polyptyque :

la Maestà de Duccio

 

Maestra photo
© D.R.

La Maestà de Duccio (plus de deux mètres sur quatre) retrace la passion du Christ où l’on retrouve, épisode après épisode, les protagonistes principaux. Il se lit de bas en haut et de gauche à droite, offrant au spectateur une lecture imagée et dynamique des moments clés de cette histoire, de l’entrée de Jésus à Jérusalem jusqu’à son chemin vers Emmaüs.

Le travail entrepris par Andy Guérif dans ce film est d’animer une à une ces scénettes tout en conservant une vue d’ensemble de l’œuvre picturale. L’écran représente donc le polyptyque dans son entier divisé en vingt-sept panneaux. Les figurants (il n’y a pas d’acteurs, mais des silhouettes), représentant les personnages bibliques, passent littéralement d’une case à l’autre, retraçant au fur et à mesure de leur parcours le parcours du Christ.

Dans ces multiples décors de carton-pâte, les corps sont contraints par l’absence de perspective (fidèle au tableau du primitif italien), ce qui apporte un côté parfois burlesque à leurs déplacements. Pour le tournage de l’épisode la Cène, Andy Guérif raconte par exemple qu’il a fallu faire tenir des couverts sur une table inclinée à soixante degrés autour de laquelle certains apôtres devaient se tenir pliés en quatre sur leur chaise.

 

Comment regarder la peinture au cinéma ?

 

Maesta photo
© D.R.

La vision de Maestà, la Passion du Christ de Andy Guérif pose une question qui me paraît centrale : comment regarde-t-on la peinture par rapport au cinéma ?

Au musée, face à une peinture de cette taille, l’œil sélectionne, se balade, s’arrête, se remet en mouvement. Le fil narratif aléatoire se construit par notre corps qui se recule ou s’approche du tableau pour en voir tour à tour l’ensemble ou le détail.

Au cinéma, notre corps est fixé à son siège, le regard contraint à une distance toujours identique avec l’écran (mieux vaut ici se mettre dans les premiers rangs…).

Or, le cinéaste a fait le choix dans son film de conserver la vue globale du tableau au détriment d’une dynamique de sélection des détails. Il en résulte que le spectateur se sent rapidement frustré et emprisonné dans un cadre fixe qui l’empêche d’aller chercher l’agrandissement de l’événement en cours, lorsque les trois-quarts de l’écran restent des cases vides où rien ne se passe.

 

De panneau en panneau, le récit avance

 

Maestra photo
© D.R.

« Je voulais interroger les limites formelles de l’image fixe et les incohérences qu’elle peut induire dans le temps de la narration. (…) Dans ce type de montage linéaire, je n’avais, il me semble, que deux alternatives. Ou laisser l’empreinte du passage des personnages après chaque panneau ou laisser le décor vide. La première solution ne me semblait pas convaincante car elle induisait que l’image devienne de plus en plus bavarde d’éléments visuels au fur et à mesure du récit, rendant certainement plus difficile sa lecture. »

Au fourmillement d’actions simultanées du tableau de Duccio laisse place le cheminement beaucoup plus ascétique du groupe de figurants qui remplit puis déserte successivement les panneaux. Le temps de la narration n’est alors ni vraiment celui de la peinture, ni vraiment celui du cinéma mais un temps de l’entre-deux où la peinture se réduirait à la fixité du cadre et le cinéma à la mobilité des corps.

La saisie la plus forte des moyens cinématographiques vient peut-être de l’utilisation occasionnelle de gros plans sonores qui nous offrent un instant la possibilité de rentrer dans la scène.

On regrette que le réalisateur, qui affirme voir de la peinture avant de voir un sujet religieux dans ce tableau, n’ait pas vu avant tout dans Maestà, la Passion du Christ un sujet de cinéma.
    

    
En savoir plus :

  • date de sortie France : 18/01/2015. 
  • La Maestà de Duccio di Buoninsegna est visible au Museo dell’Opera Metropolitana à Sienne (Italie)
Jeanne TL

Jeanne TL

Rédactrice

Toujours curieuse de découvrir un cinéma novateur et personnel, je m'intéresse aux premiers films surprenants, au cinéma d'ailleurs, aux films poèmes et à ces films en noir et blanc souvent oubliés.
De quoi réfléchir sur notre façon de vivre et de voir le monde !
Jeanne TL

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