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Beasts of No Nation (2015), au cœur des ténèbres

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Pour sa toute première production de long métrage, Netflix a pris le risque de miser sur un projet complexe, sombre et audacieux : Beasts of No Nation de Cary Fukunaga. Un pari réussi pour le magnat de la VOD.
     

Synopsis :

Adapté du roman nigérien d’Uzodinma Iweala, Beasts of No Nation raconte la guerre civile d’un pays ouest-africain à travers le destin d’Agu (Abraham Attah), un jeune garçon arraché à sa famille et enrôlé comme enfant soldat par une horde de mercenaires, menée par son effroyable Commandant (Idris Elba).

   
Dans la peau d’un enfant soldat
     

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© Netflix

      
Beasts of No Nation
est un film tourné entièrement au Ghana en 35 jours, avec un casting africain majoritairement composé de jeunes acteurs amateurs et d’anciens enfants soldats… C’est un sublime voyage dans l’enfer de la jungle africaine, servi par un excellent casting et une cinématographie envoûtante signée par son jeune et talentueux réalisateur Cary Fukunaga.

Beasts of No Nation nous plonge avec une facilité déconcertante dans la destinée cauchemardesque d’Agu, son jeune protagoniste. Tout au long du film, nous suivons le jeune africain dans son inexorable descente aux enfers. L’interprétation captivante d’Abraham Attah renforcée par une voix off envoûtante et bien dosée nous permet de suivre avec une forte empathie les états d’âme de cet enfant en perte brutale d’innocence.

Et malgré les horreurs qu’il endure et les crimes qu’il commet, Agu ne renonce jamais totalement à son humanité et continue de croire, à sa manière, à une forme de salut. C’est ce qui lui permet de survivre et c’est aussi ce qui nous entraîne à le suivre jusqu’au bout de son terrible destin.

La réussite du film repose sur cette immersion totale à travers le point de vue du jeune Agu. Avec sa vision rudimentaire du monde, l’horreur et l’absurdité de la guerre sont brutalement mis à jour, sans détour et avec une effroyable simplicité.

Le personnage plus complexe du Commandant (Idris Elba, l’acteur shakespearien in et toujours au top) apporte bien une certaine profondeur par sa misérable quête de pouvoir dans les rouages d’une politique africaine post-coloniale corrompue. Mais cette dimension reste essentiellement au second plan, et heureusement.

Car le centre du film et sa force, c’est bel et bien le périple d’Agu. Et c’est à travers son regard d’enfant soldat que s’exprime au mieux les vérités aberrantes d’un monde adulte injuste et cruel.
    

Cary Fukunaga, True Director
          

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© Netflix

      
On ne devrait plus avoir besoin de présenter Cary Fukunaga, le talentueux réalisateur qui a mis en scène à lui tout seul l’intégralité des huit épisodes de la célèbre saison 1 de True Detective (son absence dans la seconde saison se fera d’ailleurs cruellement ressentir). Avec Beasts of No Nation, il surpasse ses deux précédents long-métrages, Sin Nombre (2009) et Jane Eyre (2011), en multipliant les casquettes : producteur, scénariste, réalisateur et, plus impressionnant encore, chef opérateur/cadreur.  Totalement maître de son projet, Cary Fukunaga confirme ici le talent abouti d’un cinéaste expérimenté : cadrages esthétiques, direction d’acteurs remarquable, mise-en-scène efficace et créative…

On retiendra notamment deux moments forts du film qui illustrent bien le style accompli et nuancé du réalisateur.

D’abord, la séquence envoûtante montée en ellipses et filmée au ralenti (avec un étalonnage en « infrarouge ») dévoilant le violent quotidien d’Agu, devenu enfant soldat. Réfugié dans la drogue, il perd toutes notions du temps qui passe et de la réalité qui l’entoure. La violence vécu par l’enfant devient pour lui surréaliste, et la mise-en-scène de cette séquence traduit habilement son point de vue et le ressenti de son expérience.

L’autre moment fort du film est un long plan séquence, une technique souvent employée par Fukunaga (notamment dans l’épisode 4 de True Detective qui avait fait le buzz lors de sa diffusion). Dans un long plan fixe sobre et percutant, Agu se confie seul, face à la caméra, dans un ultime témoignage.

La fabuleuse interprétation d’Abraham Attah est mise en valeur et la complexité émotionnelle de son personnage est cette fois transmise au spectateur avec simplicité et sans artifice.

Du grand cinéma… de salon ?
     

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© Netflix

     
Avec un véritable budget digne des plus gros studios américains, Beasts of No Nation aurait peut-être pu s’inscrire dans la lignée des grands films de cinéma, tels que Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979, 31 millions de dollars de budget) ou encore La ligne rouge (Terrence Malick, 1998, 58 millions de dollars).

Mais avec son maigre budget de 6 millions de dollars et seulement 35 jours de tournage – en caméra numérique, une première pour le réalisateur qui avait jusque-là toujours tourné en pellicule, même pour ses projets destinés au petit écran -, Beasts of No Nation s’adapte à ses moyens et cette contrainte – limiter ses ambitions à une plus petite échelle – se fait ressentir malgré toutes les qualités du film.

Beasts of No Nation est un grand petit film qu’on vous aurait conseillé d’aller voir en salles… si seulement cela avait été possible. À part une sortie limitée à une trentaine d’écrans aux États-Unis, Netflix a directement diffusé le film sur sa plateforme VOD.

Car la véritable ambition de Netflix n’est pas de faire recette au box-office, mais plutôt de pouvoir prétendre à d’éventuelles nominations pour la prochaine course aux Oscars. Reste à savoir si l’Academy est prête à accepter dans ses rangs ce genre de production plus modeste où la carrière du film en salles n’a plus aucune valeur…

Les débats sont ouverts, mais en attendant, on regrette tout simplement de ne pas avoir vécu l’expérience de Beasts of No Nation au Cinéma. Si Netflix veut vraiment jouer dans la cour des grands (écrans), il faudrait songer à remplir les salles et donc à investir en conséquence pour avoir l’ambition de ses projets…
    

               

         
En savoir plus :

  • Beasts of No Nation est disponible sur Netflix depuis le 16 Octobre 2015

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