//insérer vidéo facebook
enfr
Accueil / CINEMA / Mon roi (2015), le couronnement de Maïwenn ?
Mon-roi-affiche

Mon roi (2015), le couronnement de Maïwenn ?

Mon-roi-afficheEn matière d’amour au cinéma, a fortiori dans le cinéma français, il semblerait qu’il n’y ait plus grand chose qui puisse nous surprendre. Qu’elles finissent mal en général, qu’elles soient douces ou dingues, toxiques ou torrides, le cinéma nous a raconté des dizaines, voire des centaines d’histoires d’amour. Comment est-il possible alors d’être encore étonné par un film d’amour ? Démonstration avec Mon roi de Maïwenn.

Synopsis :

Tony (Emmanuelle Bercot) est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio (Vincent Cassel). Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré ? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer…

 

Maïwenn, reine de la grosse ficelle ?

 

Mon roi s’ouvre sur un paysage de montagnes enneigées, filmé en travelling. Un premier plan qui déroute : « tiens, est-on vraiment chez Maïwenn ? » et qui, en deux secondes, suscite l’étonnement nécessaire pour intéresser le spectateur à cette histoire.

Cette histoire, c’est avant tout celle de Tony (incarnée par une Emmanuelle Bercot qui n’a pas volé son Prix d’interprétation à Cannes) qui, perchée sur des skis, surgit dans le cadre avant de se lancer à toute blinde sur une piste. Nous la retrouvons dans un centre de rééducation, après une violente rupture des ligaments croisés du genou, face à une psychologue qui l’interroge : pourquoi ses skis se sont-ils croisés ? Et pourquoi le genou ? D’après le livre de développement personnel qu’elle a sur son bureau, « genou » = « je-nous ».

Métaphore lourdingue ? Oui, elle en rit elle-même, à la fois atterrée par cette « psychologie de comptoir » et bien obligée d’admettre que sa relation avec le beau Georgio a pu la briser.

 
Mon-roi-image-2
© StudioCanal
 

Dès cette introduction, Maïwenn aura réussi à cliver les spectateurs : d’un côté, ceux qui rejetteront en bloc la lourdeur du cliché de la « blessure » du corps pour dire celle du cœur, de l’autre ceux qui parviendront à voir comment la réalisatrice s’empare de ce cliché, joue avec, tombe dedans pour mieux pour s’en moquer et raconter le couple, avec plein d’humour et de sensibilité.

Un peu comme dans Le Bal des Actrices, où les clichés sur les comédiennes constituaient la matière première du film, pour mieux les faire exploser ensuite. 

 

Le roi choisit sa reine

 
Tout le film est construit en flashbacks qui sont autant de souvenirs issus de la mémoire de Tony, ponctués par des retours au « présent », dans le centre de rééducation. L’histoire de Tony et Georgio commence en boîte de nuit, où la musique, l’alcool et la danse rapprochent les corps. Dans l’une des scènes les plus puissantes de Polisse, Maïwenn avait déjà prouvé qu’elle savait filmer ces moments mieux que personne, avec dame Bercot à la barre de pole dance s’il vous plaît.
 
 

Dans Mon roi, Keedz est remplacé par Son Lux et ça donne tout autant envie de danser. Georgio, beau comme un dieu, lance des regards de feu à Tony. Dès ces premiers instants, il « en jette », tout comme il jette littéralement de l’eau à la figure des filles pour les accoster (tactique de drague peu recommandable si vous n’êtes pas Vincent Cassel). Très vite, il la séduit et leur histoire démarre sur les chapeaux de roues. 

 
Mon-roi-image-19
© StudioCanal
 

Peu à peu, des failles apparaissent dans leur couple : une ex qui réapparaît au moment où Tony tombe enceinte, un Noël passé loin de la famille, un déménagement dans l’appartement d’en face pour éviter la cohabitation (tiens, comme le personnage de Maïwenn au début de Polisse). Même si, objectivement, on se rend compte que Georgio est, selon ses propres termes, « le roi des connards », jamais on ne parviendra à le détester.

Comme Tony, on en redemandera, encore et encore, comme une drogue, parce qu’en plus d’être beau et drôle, il arrive à être touchant, à montrer sa sensibilité et à verser une larme au bon moment… tel un acteur !

Et quel acteur, comme lorsqu’il prend la place d’un serveur au restaurant dans une scène mémorable, digne d’un one-man-show face à un public conquis. Face à lui, jamais Tony n’est perçue comme une victime, malgré la rage féministe que soulève la lecture du synopsis, c’est juste une grande amoureuse qu’il serait vain de raisonner.

 

Une narration à la première personne du féminin

 

L’une des forces du film est de ne jamais quitter le point de vue de Tony. Grâce à la mise en scène habile mais grâce aussi au scénario très bien ficelé, Mon roi est un film narré à la première personne : qui existe vraiment dans ce film, à part Georgio ?

Il y a bien le charmant petit frère de Tony, Solal, interprété par un Louis Garrel dont on connaissait trop peu les qualités comiques – c’est d’ailleurs le seul personnage capable de rivaliser avec la verve inépuisable de Georgio -. Et puis, plus tard, il y aura Simbad, l’enfant du couple.

A part eux, Georgio prend toute la place. Ses amis à lui sont très présents, mais ils ne forment rien de plus qu’un groupe bruyant, indifférencié. Le travail de Tony, avocate tout de même, n’a le droit qu’à une toute petite place. Et surtout, les moments gênants pour Tony sont gênants pour le spectateur, les moments de déprime sont lents et pénibles alors que les moments d’euphorie passent beaucoup trop vite : signe d’une grande œuvre, la forme épouse le fond. 

 
Mon-roi-image-9
© StudioCanal
 

Enfin, il faudrait consacrer un article entier à la performance extraordinaire des deux acteurs : Emmanuelle Bercot passe du rire aux larmes en un battement de cil et Vincent Cassel crève l’écran, ultra crédible en Dom Juan manipulateur et autoritaire. 

Mon Roi pourrait se conclure sur une note tristement moraliste : regardez comme elle a souffert, regardez comme elle va mal, ne vous approchez pas de celui ou celle qui vous éblouit, ça va mal finir… (jurisprudence Icare) mais c’est tout l’inverse.

Parce que Tony ne regrette rien, parce qu’elle a accumulé des tonnes de souvenirs magnifiques et parce qu’en dépit des larmes et de la douleur,  l’amour fou vaut le coup.

 
 

<

p style= »text-align: justify; »> 

En savoir plus :

  • date de sortie France : 21/10/2015

Check Also

Le grand méchant renard et autres contes affiche

[CRITIQUE] « Le Grand méchant renard et autres contes » (2017) de Benjamin Renner et Patrick Imbert

Après son succès en librairie aux éditions Delcourt, Le grand méchant renard de Benjamin Renner …

K.O. affiche

[CRITIQUE] « K.O. » (2017) : Le mystère selon Fabrice Godert

Après des débuts sur grand écran très remarqués (Simon Werner a disparu nominé pour le …

Laisser un commentaire