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Ainsi soient-ils saison 3 - image
© Zadig Productions

[ITW] David Elkaïm et Vincent Poymiro (Ainsi soient-ils)

« Aller vers la logique de nos personnages« 

 

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© Nathalie Mazaeas

 

BdC : Sur la pénétration du monde de l’Église, sur la documentation, vous avez opéré comment ? C’est de la recherche pure, des rencontres de prêtres…

David Elkaïm : Il y a différentes choses. Déjà, on n’avait pas tous le même rapport à ce matériau.

Vincent Poymiro : Oui, on a bossé au sens de l’enquête, de la rencontre des acteurs de terrain, de la rencontre de gens qui sont spécialistes… On a tous énormément travaillé… A fortiori, certains, comme David, étaient totalement novice dans la question de la religion, il n’y connaissait absolument rien, un peu comme les comédiens, pour certains d’entre eux. Et David est devenu super bon, il écrit des homélies « top » maintenant (rires) !

David Elkaïm : Non, non, c’est Vincent…

Vincent Poymiro : Au départ, c’était plutôt moi… (A David) Attends, l’homélie de l’épisode 1 de la saison 3 de Yann, tu l’as écrite, elle est superbe ! On en parlera si tu veux (rires). (à BdC) C’est un boulot de scénariste en fait, de se documenter, de rentrer dans la peau des personnages, dans leur mentalité. Après, il se trouve que c’était facilité par le fait que je connaissais l’univers pour des raisons familiales, culturelles… Donc, j’avais une petite idée de ce qu’on allait chercher là. C’est un début intéressant, cela permet de renifler ce qui me plaît, mais ça ne suffit pas en fait. Après c’est un travail de fiction. Parce qu’on ne fait pas du documentaire. On a des personnages, un univers et on cherche dans l’univers ce qui ouvre les personnages. Et vice-versa.

David Elkaïm : Les personnages de la série sont des personnages qui, malgré l’engagement un peu étonnant, étrange, maximal dans lequel ils se plongent, au fond, ils ont les mêmes angoisses, les même doutes, les mêmes problématiques que n’importe qui. C’est très important pour nous de nous dire, pour tel ou tel personnage qui ne nous ressemble pas du tout, en quoi je peux intéresser n’importe qui à sa problématique. Au fond, même si la problématique est maximisée, sa problématique, je l’ai déjà vécu ailleurs. La question de l’engagement, on l’a tous vécu, s’engager en amour, en politique, s’engager dans un projet artistique, on l’a tous vécu… Pour eux, c’est maximal, mais ça nous permet de nous appuyer sur le fait que l’on a tous vécu ce genre de conflit intérieur. Mais ça doit passer par les personnages et pas par le sujet, même si le sujet est important.

BdC : Y a-t-il des sujets que vous n’avez pas pu aborder du fait des personnages eux-mêmes ?

Vincent Poymiro : En rapport avec les grands sujets de l’Église ? Oui. Par exemple, le sujet de la pédophilie que l’on ne traite qu’en saison 3. En fait, on ne la traite pas, c’est une problématique que l’un de nos personnages rencontre sur son trajet. Tant que ce personnage n’avait pas rencontré cette problématique-là sur son chemin, nous, on n’avait pas envie d’en parler, on ne pouvait pas la traiter. Et on nous disait : « alors, vous ne parlez pas de la pédophilie… Pourquoi vous ne parlez pas de l’exorcisme… Voilà, ces grands sujets un peu censurés… On n’a pas eu de censure, au contraire. On ne voulait pas cocher des cases dans une liste de sujets que parfois, notre diffuseur nous disait gentiment de traiter. Parce que cela ne dépendait pas de nous, mais d’une logique qui appartenait à nos personnages. Évidemment, c’est nous qui les construisons. Mais on préférait aller vers la logique de nos personnages, en espérant évidemment de rencontrer les grands sujets qui peuvent, en plus, attirer les spectateurs. Donc, on a avait une oreille pour ces sujets, mais ce n’était pas une priorité, voilà. Une série, ce n’est pas une enquête, ce n’est pas une revue web sur les grands sujets de l’Église.

David Elkaïm : La fiction en général d’ailleurs. Elle n’est pas là pour cocher des cases ou permettre aux spectateurs de faire un choix entre tel ou tel point de vue. Sur le sujet de la pédophilie, si on a mis un certain temps avant que le sujet n’arrive dans la série, c’est parce que cela ne nous intéressait absolument pas de trouver l’endroit où l’on dirait simplement : « bon, ben alors, on est tous contre ? » Oui, on est tous contre, évidemment ! Ou encore « ah, c’est quand même des salopards ceux qui disent rien ! » Ben, oui, évidemment. Et alors ? Super, on a vachement appris de choses sur le monde ! Vous voyez ce que je veux dire ? C’est pas ça qui nous intéressait. D’ailleurs, le personnage de Yann n’est pas confronté à cette problématique en réalité, il est confronté aux conséquences. Très, très vite, il règle le problème de cet homme qui est malade, car il faut tout de suite faire quelque chose. Maintenant, il a un autre problème, c’est  : comment il gère cette communauté qui est en crise, suite à ce qu’il vient de se passer. Chose, en général, que les fictions bien pensantes ne traitent jamais. On ne traite jamais l’après.

Vincent Poymiro : Oui, en général, on ne traite qu’un monde perturbé par le mal et combien c’est difficile et valorisant de restaurer le bien. Après, c’est fini. Regardez la fiction américaine : qu’est-ce qui fait qu’un univers aussi gris que celui de croque-morts [NDLR : la série Six Feet Under] ou que l’histoire d’employés de parc et d’espace verts municipaux  [NDLR : la série Parks and Recreation] devient passionnant. On oublie ça quand même ! Ça n’a rien d’intéressant à priori. Et pourtant…

BdC : C’est vrai que pitché comme ça, ça ne fait pas très envie (rire).

David Elkaïm : D’ailleurs, on nous le dit (rires).

Vincent Poymiro : On oublie que ces fictions-là, elles parlent à notre imaginaire du fait de la force des personnages et des conflits qu’il y a dedans. De même, ce n’est pas en traitant de sujets édifiants pour le peuple qu’on lui raconte des choses sur la vie. Parce que nous, ce qui nous intéresse, c’est de raconter des expériences qui l’accroche et que le spectateur va se dire : « ah oui, ça, c’est vrai ».

BdC : Sinon, vous faites une enquête ou un polar.

David Elkaïm : Exactement.

 

Denis Tison

Rédacteur / Editor chez Bulles de Culture
En général, céréales de séries d'animation au petit-déjeuner, un bon carpaccio des séries du moment le midi, et un bon pot-au-feu de cinoche bien dramatique pour s'endormir.

TOP 3 Cinéma : "Les Enfants du Paradis" (1945), "La vie est belle" (1946), "Révélations" (1999)
TOP 3 TV : "The Wire" (2002-2008), "Deadwood" (2004-2006), "Les Soprano" (1999-2007)
TOP 3 Littérature : Tout Balzac, Trilogie Henry Miller "Sexus, Plexus, Nexus", Tout Stendhal
Denis Tison

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