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Hotaru - affiche

« Hotaru » (2015) de William Laboury

Mardi 30 septembre 2015, l’école de cinéma La Fémis présentait à la cinémathèque de Paris les travaux de fin d’études pour les promotions 2015. Retour sur une projection très éclectique dont le court-métrage marquant de William Laboury, Hotaru.

Synopsis :

« Tu as un don, Martha. Ici ce don ne te sert à rien. Alors on te montrera les plus belles choses. Tu ne te réveilleras jamais. Mais tu porteras les souvenirs les plus précieux. »

 Un travail sur les images
qui façonnent la mémoire

 

Hotaru - image
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« Un conte africain, un documentaire sur une saison de pêche en haute mer, un jeu avec le pornographique, une réflexion intime sur les attentats de janvier 2015, un parcours initiatique en animation, les liens insondables de la gémellité, cette année encore les histoires racontées par les films de fin d’études montrent l’extrême diversité des thèmes abordés par les étudiants », nous annoncent Raoul Peck, président de La Fémis, et Marc Nicolas, directeur général.

Un film a particulièrement retenu l’attention de tous dans la grande diversité des films projetés.

« Pourquoi celui-ci en particulier ? », ai-je demandé.

Les réponses étaient vagues, comme si l’on parlait d’un sujet trop intime. Son réalisateur, William Laboury, est issu d’une licence d’histoire de l’art et d’un BTS montage. Il dit ne pas trop faire la différence entre monter un film, en réaliser un, faire une affiche ou une bande-annonce. Tant qu’il raconte avec des images.

La « Promotion Chris Marker », on imagine que c’est un peu lui qui lui a soufflée son nom.

Son film de fin d’études, Hotaru, est un travail sur les images qui façonnent la mémoire, sur l’obsession du souvenir et son contraire, l’amnésie. Tourné en images de synthèse, le film nous plonge dans une mémoire gorgée de souvenirs à l’esthétique de jeux vidéo des années quatre-vingt.

Cette mémoire virtuelle rappelle l’expérience de Chris Marker dans son cd-rom Immemory : chercher à reconstituer l’aléa de la mémoire, se perdre dans une cartographie de souvenirs où les liens, hasardeux, ne peuvent pas se résumer en une simple suite chronologique.

Marker, dans un entretien avec Jean-Michel Frodon, racontait à ce propos : « Le programme permet une entière liberté de navigation, de récit non linéaire, (…) c’est la seule technique qui permette de simuler le caractère aléatoire et capricieux de la mémoire – ce que, par définition, le film ne peut pas »1.

La mémoire pensée
comme l’indicible du cinéma ?

 

Hotaru - image
© D.R.

William Laboury semble se confronter dans son film à cette question de la représentation du chemin de la mémoire.

Le souvenir, souvent hasardeux, parfois fragmenté ou multiplié, est accompagné de plusieurs voix-off qui nous guident entre le monde de l’héroïne, Martha et celui de Bernard. Ces voix nous racontent qu’un jour, Martha a été envoyée dans l’espace. Ils lui ont dit :

« Tu as un don, Martha. Ici ce don ne te sert à rien. Alors on te montrera les plus belles choses. Tu ne te réveilleras jamais. Mais tu porteras les souvenirs les plus précieux ».

Désormais, elle n’est plus qu’une mémoire. Martha est allongée, les yeux clos. On dirait qu’elle est loin dans ses rêves, ou qu’elle va mourir. Cela fait des années, des siècles, depuis toujours peut-être qu’elle vit dans une masse d’images accumulées, une infinité de souvenirs dont elle ressasse, inlassablement, ses clichés favoris : le journal de 20h, le Taj Mahal, les chutes du Niagara, la statue du Christ surplombant Rio, des couchers de soleil, la terre, l’espace, le décollage de sa fusée, et j’en oublie, forcément.

Mais Martha, elle, n’oublie rien. Elle est hypermnésique : elle se souvient de tout, jusqu’au détail le plus insignifiant d’une conversation lointaine. Sa mémoire sans faille est effrayante: tout cohabite instantanément, tout peut émerger à n’importe quel instant, sans nivellement, sans choix : se souvenir sans exception, porter de l’importance à tout et à rien en particulier. Les images sont figées, pixellisées : un tas vertigineux de vieux souvenirs. C’est à devenir fou ou à mourir de tristesse.

« Un coucher de soleil ? Lequel ?
Je les ai tous vus »

 

Hotaru - image
© D.R.

L’unique a disparu et dans une multitude de soleils rougeoyants, on croirait ne plus réussir à s’émerveiller de rien.

Alors pour rejouer la vie, il faut faire semblant d’y croire. Martha tente de se persuader : Hotaru a bien existé, ils se sont embrassés et ils ont fait l’amour lors de cette dernière nuit dans la forêt. Se raconter des histoires, cela fait vivre. Elle revoit sans cesse son visage, cette forêt, la musique qu’ils ont écoutée et ce baiser.

Dans ces quelques clichés, voilà que l’on sent pour la première fois vibrer l’émotion du souvenir. Son image, vivante, envahit petit à petit l’écran : Hotaru, Hotaru, Hotaru. Il est unique, irremplaçable ; elle s’en émerveille. Dès lors, Martha nous émeut, humaine, prise dans l’image érotique et palpitante d’un amour perdu.

Hotaru a-t-il vraiment existé ?

Nous ne savons pas, mais au fond l’on désire avec elle que cette mémoire factice, réécrite, défectueuse, ce que l’on pourrait appeler cette immémoire (Immemory), soit le point central de tous ses souvenirs.

 

  1. Chris Marker, Je ne demande jamais si, pourquoi, comment…, Entretien avec Jean-Michel Frodon, in Le Monde, 20 fevrier 1997.

 

 

En savoir plus :

  • Hotaru (2015)
    Réalisé par William Laboury
    Interprété par Julia Artamonov
    Chef op & étalonnage : Raphaël Vdb
    Électriciens : Clément Fourment, Mathieu Kaufman, Aurore Toulon, Vadim Al Sayed
    Durée : 21 min
    Film de fin d’études Fémis
    Sélection au Festival international du film de Poitiers 2015

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