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Le mystère du lac - image
© Elephant Story / TF1

[INTERVIEW] Jeanne Le Guillou et Bruno Dega (« Le mystère du lac »)

« Une disparition au présent qui fait écho à une disparition dans le passé »

Le mystère du lac - image
© © Elephant Story / TF1

Elodie L. : Et vous aviez déjà la fin ?

Jeanne Le Guillou : Ça oui, dès le départ.

Bruno Dega  Il y avait un suspect qu’on n’avait pas et qui est apparu comme une évidence en écrivant.

Jeanne Le Guillou : Mais sinon, les grands axes, la fin, on est obligé de l’avoir.

Bulles de Culture :  Comme les personnages sont très importants pour vous, comment faites-vous pour les construire ? La mère de Lise, par exemple, qui a Alzheimer.

Jeanne Le Guillou : Ça, ce sont les deux personnages qui nous sont venus en premier : la mère et la fille.

Bruno Dega  On avait envie de cette scène où tout d’un coup, une mère parle à sa fille et lui dise : « au fait, vous savez que j’ai une fille ». On avait envie de cette relation qui est horrible parce que rien n’est possible et auquel on peut ajouter tout le côté polar des secrets.

Jeanne Le Guillou : Ce qu’on a eu au début, c’était une disparition au présent qui fait écho à une disparition non résolue dans le passé. Donc notre héroïne enquêtait sur sa propre vie d’une certaine manière, sur le passé. Le passé, c’est quoi ? C’est le parent. À partir de là, l’évidence de la mère, la fragilité de notre personnage venaient du fait que son passé lui échappait puisque sa mère perdait la mémoire et que le passé était en train de disparaître. Tout devenait friable. En même temps, cette maladie d’Alzheimer, elle a aussi un autre intérêt : on perd la mémoire immédiate mais par contre, les souvenirs anciens reviennent de façon très, très précises. Donc il y a ce paradoxe-là. C’est pour ça que le personnage s’est imposé, à cause du fait qu’on était sur une histoire sur le passé.

Bulles de Culture : Comment s’est passé la collaboration avec TF1

Bruno Dega  On s’inscrivait dans un genre et ce qui est difficile avec une chaîne, c’est quand on crée une série comme Dix pour cent [NDLR : une prochaine série de France 2 sur les agents artistiques]. C’est une série très particulière. Ils ont mis très, très longtemps à trouver le dosage entre la comédie, l’univers du métier et la vie privée. Nous, on est dans un genre qui existe. Du coup, c’était très simple avec TF1.

Bulles de Culture : Est-ce que c’est vous qui aviez déterminé le nombre d’épisodes ?

Jeanne Le Guillou : Non, le minimum d’une mini-série, c’est 6×52 minutes. Après, on peut faire 8 épisodes. En cours d’écriture, je me souviens, ça a été évoqué mais nous, à ce moment-là, on était parti sur notre construction, ça aurait beaucoup changé l’histoire s’il avait fallu ajouter 2 épisodes. On l’a pensé dès le départ en 6 donc ça induit une narration aussi.

Bulles de Culture : L’intérêt de votre histoire, ce n’est pas trop le « qui l’a fait ? » mais plus sur ce qu’on apprend au fur et à mesure des personnages.

Bruno Dega : Parce qu’on est parti de là, des gens qu’on avait envie de raconter, de leurs nuances, de ce qu’on ne voit pas tout de suite chez eux. Avec l’envie de surprendre le spectateur. Nous, on sait, on le cache au début mais on sait où va le personnage à la fin.

Jeanne Le Guillou : On ne peut pas obtenir ce résultat si on n’a pas énormément travaillé les personnages en amont. Ça ne se rajoute pas après. Il y a des scénaristes qui procèdent en faisant les personnages dans les grandes lignes et l’action prime. Après ils vont coller dans les dialogues des petits élements sur les personnages. Mais ça ne sera jamais le même boulot à l’arrivée que si on part uniquement des personnages, comme si c’était des gens qu’on connaissait depuis 20 ans. Donc on savait tout sur leur enfance, on connaissait toute leur histoire. On savait tout ce qu’ils avaient dans la tête, ce qu’ils s’avouaient, ce qu’ils ne s’avouaient pas. Si on fait ce boulot en amont, ça sort à l’écriture naturellement parce que c’est comme si on écrivait sur quelqu’un qu’on connaît. Donc toutes les nuances de cette personnalité, toutes les choses qui vont remonter à la surface vont le faire naturellement parce qu’ils existent déjà dans notre tête.

Bruno Dega Et ce qui était formidable avec TF1, ce n’est pas qu’ils nous ont laissé carte blanche mais ils nous ont laissé très, très libre. Ce qui fait qu’ils savaient très peu de choses sur ce qui allait se passer. Ils connaissaient les grandes lignes et du coup, ils étaient nos premiers spectateurs parce qu’ils lisaient sans savoir ce qui allait arriver. Donc tout de suite, on savait si ça marchait ou pas. Donc c’était intéressant d’avoir ce retour-là.

Jean-Christophe Nurbel
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