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[ITW] Sepideh Farsi (Red Rose, 2015)

« Il fallait que le courant passe entre eux,

même physiquement »

 

Red Rose - image
© Urban Distribution

 

BdC : Elle est vraiment l’élément central du film même si Vassilis Koukalani qui joue le rôle d’Ali l’accompagne et la met en valeur avec élégance. Comment l’avez-vous choisi ?

SF : C’est drôle que vous ayez été fasciné par le personnage de Sara et que vous finissiez votre question en disant quelque chose que je vais compléter, à savoir que c’est aux côtés d’Ali que Sara ressort ses qualités, ses spécificités. Parce que justement lui est d’un autre ton, d’un autre univers intellectuel, d’un calme plus serein, même s’il devient nerveux à la fin, il est globalement plus posé.  Et c’est en juxtaposition avec lui que ses caractéristiques se cristallisent, à elle, ce personnage très nerveux, énergique, chaotique.

Comment faire le casting ? Pour moi, il était clair qu’il fallait travailler avec des comédiens iraniens. Notamment pour le personnage de Sara, qui s’appelait d’ailleurs Mina au moment de l’écriture. Il fallait trouver une comédienne iranienne intéressante de cet âge-là, et il n’y en a pas des masses. Une comédienne qui soit à l’extérieur ou qui accepte en tout cas de rester ici et de pouvoir jouer ces scènes.

En dehors d’accepter le fait qu’elle ne pourrait plus retourner en Iran, qu’elle accepte l’exil, il fallait qu’elle soit en mesure de rendre toute l’énergie nécessaire à ces scènes pour qu’on puisse les filmer. Et ce n’était quand même pas évident !

On a cherché mais je n’ai pas fait de casting classique. J’ai demandé autour de moi, regardé les productions cinématographiques et théâtrales récentes, et puis on m’a parlé d’elle. Nous l’avons rencontré , d’abord Javad, puis moi, et très vite, pratiquement dès le départ, on s’est dit que c’était elle. Et puis j’ai trouvé Vassilis Koukalani à Athènes et on a fait des essais avec les deux. Il fallait que le courant passe entre eux, même physiquement, que ça marche à l’écran ! 

BdC : Il y a cette scène particulière où ils chantent tous les deux, ils dansent et vous les filmez par au dessus. Etait- ce l’idée de départ ? Comment cela vous et-il venu ?

SF : Non, ce n’était pas prévu. Ce que je voulais c’était traduire leur état d’ivresse et de joie parce que c’est pratiquement la dernière fois qu’ils sont bien ensemble. Je ne fais pas de story-board, pas de découpage au préalable. Jusqu’ à présent, j’ai toujours fonctionné comme ça. Mon découpage, je le fais au moment des répétitions, au moment où on installe la scène et après j’en discute avec mon chef-opérateur. C’est là que j’ai su que je voulais cette caméra qui bouge, bourdonne, qui traduit physiquement l’état d’ivresse.

Je suis anti- effet, je n’aime pas du tous les effets qui sont rajoutés en postproduction. Je trouve que le plus juste c’est d’essayer de trouver un positionnement de caméra et un cadre qui traduise ça.

On a tourné cette scène sur deux nuits. La première nuit, on a trouvé que tout était vraiment mauvais et je me disais, c’est fichu, je ne l’aurais jamais. Après ce plan-là, on n’avait pas le temps mais j’ai vraiment insisté pour qu’on le fasse. La scène commence de face, on s’approche et on finit par au-dessus et je pense que la sensation d’ivresse vient dans ces derniers instants.

BdC : Dans la  fameuse scène, ils chantent et il y a la musique d’ Ibrahim Maalouf. Aviez-vous pensé tout de suite à lui pour la musique du film ?

SF : Au début, quand ils chantent, c’est une chanson emblématique des années 60, créée pour une pièce de théâtre par Bijan Mofid. Ce qui est drôle, c’est qu’on s’est posé la question parce que la chanson parle des yeux noirs, et Sara a les yeux bleus, alors qu’Ali a les yeux noirs… (sourires) Mais la chanson est très belle , romantique et mélancolique et c’est une de ces chansons qui traduisent bien l’ivresse.

Ensuite, c’est la musique d’Ibrahim Maalouf, surtout sur la scène de danse qui est très forte. L’idée d’ Ibrahim Maalouf est venue assez vite en fait. Après l’écriture du scénario, quand on a commencé à chercher, un ami libanais m’a fait découvrir sa musique et je me suis dit que ça allait être bien !

[ATTENTION SPOLIER]

 

BdC : Justement à la suite de cette scène, pourquoi faire succéder à ce moment de beauté une fin aussi brutale ? Comme un rappel à la réalité ?

SF : Oui, il le fallait. Parce que dans les faits, le mouvement avait été maté, il y avait une fin tragique, l’espoir était brisé et je ne voyais pas comment je pouvais exprimer une fin moins noire que ça. C’était intéressant de casser justement ce côté havre de paix, lieu de refuge qu’avait cet appartement pendant tout le long du film, malgré l’enfermement d’Ali. Il fallait casser ça avec un côté plus violent. Il fallait aussi trouver un filmage très différent pour trancher. Il y a des interviews forcées en Iran et on s’est beaucoup inspiré de ça. Il y a des images qui montrent cette espèce de moule dans lequel ils sont mis…

[FIN DU SPOLIER]

 

BdC : Pour finir, quels sont les avantages et les inconvénients d’un tournage en huis clos ?

SF : Il n’ en y a pas vraiment. Le plus évident, c’est que vous êtes concentrés sur un même lieu. En terme de  planning et d’organisation, c’est plus pratique. Mais il y a d’un autre côté l’enfermement qui agit. Vous êtes avec l’équipe et les comédiens enfermés dans un lieu pendant 12 à 17 heures parfois et ça finit par peser au bout de 30 jours de tournage. Dans les scènes de tension, ça aide parce que vous êtes tenus. Après il y a le défi de dynamiser. Quand on tourne en huis clos, il faut que tout marche, et si vous avez un élément qui faillit, tout s’écroule ! 

BdC : Cela impose-t-il des choix dans le rythme ?

SF : Oui, bien-sûr ! Ça impose des choix dans le découpage, dans la façon dont vous cadrez, dont vous délimitez les séquences. En plus, vous êtes limités. On n’avait pas de grue par exemple. On tournait dans un appartement à hauteur normale. J’aurais pu demander à tourner en studio mais je n’aime pas ça. Du coup, me cantonner à un appartement, même un loft d’artiste, où on pouvait bouger les murs dans une certaine mesure, cela vous donne d’autres façons d’être inventifs avec l’espace. Vous le cassez différemment et si vous n’arrivez pas à le dompter, ça ne marche pas. Vous vous faites avoir, et le gros risque c’est ça !

BdC : Merci de nous avoir accordé un peu de votre temps et plein de bonnes choses pour votre film ! 

SF : Merci à vous d’être venu !

 

Propos recueillis le 02 septembre 2015 à Paris.

 

 

En savoir plus :

Fanny N.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
J'aime rire, j'aime pleurer, l'aime danser, j'aime chanter et tout ça, je le vis souvent au cinéma.

TOP 3 Cinéma : "Légendes d'automne" (1994), la saga "Le Parrain", "La Jeune fille à la perle" (2003)
Fanny N.

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