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© D.R.

[CRITIQUE] « La Peau dure » par Jean-François Matignon, une magnifique performance d’actrice

Le troisième coup de cœur de Bulles de Culture au Festival Off d’Avignon 2015 a eu lieu dans un appartement situé non loin du Théâtre des Carmes. La Peau dure de Raymond Guérin, adapté et mis en scène par Jean-François Matignon, nous donne à voir et à entendre l’histoire de trois sœurs incarnées par l’éblouissante actrice, Sophie Vaude. Un must-see !

Synopsis :

La pièce est le récit de trois sœurs – Clara, Jacquotte et Louison Coustu – qui, loin d’avoir une vie heureuse, connaîtront le STO, le marché noir, les prisons pour femmes, l’avortement, la tuberculose… pendant et après la Seconde Guerre Mondiale.

Du théâtre d’appartement

 

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Cela fait une dizaine d’années que La Peau dure arpente les lieux de création. Cette fois-ci, la pièce prend place dans un vieil appartement avignonnais. Mais pas n’importe lequel. L’esthétique du lieu a été judicieusement choisie : rampe d’escalier en fer forgé, parquets usés, tomettes ébréchées, tapisseries fleuries décollées, vielle cheminée en marbre, table et buffet breton, le décor est planté dès notre entrée dans l’immeuble.

L’espace ne pouvant accueillir qu’une quinzaine de spectateurs, le metteur en scène Jean-François Matignon nous place au plus près de ces trois femmes, pour mieux nous faire partager leurs récits de vie. Tour à tour, nous sommes invités à suivre chacune de ces trois sœurs dans l’intimité de leur maison, de leurs secrets.

Servi par une Sophie Vaude inspirée, ce huis-clos intimiste nous plonge au cœur de la France d’après-guerre.

« Laisse donc, Bobonne,
qu’il disait en clignant de l’œil,
ça les dressera, elles ont la peau dure »

 

La Peau dure - image
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La Peau dure est donc l’histoire de trois femmes, trois sœurs dévoilée dans trois espaces différents : un salon, un hall d’entrée donnant sur une cuisine et une terrasse. Chacune de ces pièces est attachée à une sœur. Guidés par la mise en scène, les spectateurs se déplacent du geste et du regard entre ces trois lieux.

L’actrice, elle, y est au plus près des spectateurs, n’hésitant pas à leur tourner le dos, voire à, cachée dans un recoin, ne plus être visible du tout, selon leur positionnement dans la pièce.

Car Sophie Vaude est avant toute chose une voix, la voix de chacune de ces femmes. Une voix qui emplit la pièce de son parler populaire et que l’actrice module au gré du récit. Il serait presque possible de fermer les yeux pour se laisser emporter par la puissance narratrice de celle-ci au travers de ces récits de vie de femmes malmenées par la vie.

Justesse dans le jeu
et dans la mise en scène

 

Mais ce serait compter sans l’expressivité et le physique de l’actrice. Car, plantée dans un recoin ou au centre de la pièce, elle occupe tout l’espace de son corps frêle. Elle incarne ces femmes à tour de rôle avec une justesse millimétrée, posant un regard émouvant et poétique sur chacune de ces sœurs dont les malheurs semblent se croiser. De ces bouts de vie, elle fait émerger les personnalités différentes et complémentaires de Clara, Jacquotte et Louison. Sans aucune fausse note.

Une justesse que l’on retrouve jusque dans la mise en scène. Où, si les fins de chaque récit peuvent paraître un peu brutales, cassant ainsi les codes du théâtre classique, l’on ne sait plus vraiment quand une scène commence ou se termine, ni même si la représentation a pris fin. Comme si les récits de la condition de ces femmes, défilant dans l’espace et le temps, pouvaient se prolonger de pièces en pièces, d’années en années, jusqu’à aujourd’hui.

Bref, La Peau dure est une très belle pièce, une incroyable performance d’actrice.

Voilà donc assurément une visite d’appartement à ne pas rater cet été. C’est un coup de cœur de Bulles de Culture !

 

En savoir plus :

Elsa V.

Elsa V.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Amatrice de littérature jeunesse, de conte, de théâtre, de marionnettes, de cinéma et de série tv, j'apprécie tout particulièrement les histoires qui m'embarquent et les formes d'art pluridisciplinaire.

Top 3 Cinéma : "Eternal Sunshine of the Spotless Mind", "Les Ailes du désir", "Once"
Top 3 Littérature Jeunesse : "Harry Potter" de J.K. Rowling, "Meto" de Y. Grevet, "Toby Lolness" de T. de Fombelle
Top 3 Théâtre: Les Possédés, Tg STAN, Yves Beaunesne
Top 3 TV : "The Wire", "The Good Wife", "Black Books"
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Jean-Christophe Nurbel
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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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