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All you need is… Love (2015), un conte apocalyptique / an apocalyptic tale

Par/by Esther L.
Rédactrice/Editor

Love, Richard Morgiève - couverture
Avec Love, Richard Morgiève sort son 35ème roman. C’est le dernier tome d’un triptyque commencé en 2012 avec United Colors of Crime et poursuivi avec Boy en 2013, parus également chez Éditions Montparnasse, Carnets Nord. Les trois œuvres sont indépendantes.

With Love, Richard Morgiève released his 35th novel. It’s the final book of a trilogy initiated in 2012 with United Colors of Crime and followed by Boy in 2013, also published by Éditions Montparnasse, Carnets Nord. The three works are independent.

More in English >>(Translation in progress, come bubble later)
 

Synopsis : C’est la fin du monde, l’Apocalypse. Les personnalités se révèlent dans toute leur violence. Dans ce chaos, un super guerrier, Chance, un type froid, sans foi ni âme, se voit confronté à l’Amour perdu.

Après avoir écrit des romans, du théâtre, des récits autobiographiques, Morgiève s’est lancé dans l’aventure de l’anticipation. Avec Love, nous sommes dans le présent, notre présent, mais dans lequel survient une catastrophe : le virus No Futur – notons la francisation du slogan punk – est à l’origine de catastrophes climatiques et nucléaires qui mènent au « Big-End ». La fin du monde est là et il faut la gérer : « La pensée avait du mal à admettre la fin de la pensée ».

Pourquoi, me demanderiez-vous, lire ce livre ? Il est vrai que l’anticipation peut donner une impression de déjà-vu, que l’originalité dans ce genre est rare, que nous pouvons être vite lassés. Alors voici quelques réponses :
– Pour l’ambiance : les pages sont violentes, sans concession ni pitié ; c’est la fin du monde, la loi de la survie, la loi du plus fort. On viole, on pille, on tue. Pas de collabos, pas de résistants : tous pourris, chacun pour sa gueule. « Chacun pour soi, le désastre pour tous ».
C’est la guerre : nous naviguons dans une carte d’État-major, le décor est quadrillé, les lieux hyper précis. Les verbes ne sont que d’action, le Verbe est Action. Il faut se battre et abandonner son sort à la Chance ou au Hasard (« chance » en anglais). Même l’agrégé de philo, bref compagnon de route et accoucheur de Chance, ne peut se sauver. Nous avons l’impression de regarder par-dessus l’épaule d’un joueur de Call of Duty, protégés par la distance des pages, participants voyeurs de la folie des hommes.
– Pour le héros : il s’appelle Chance et il est un tueur à la solde de Contrôle, dangereuse et puissante entreprise européenne. Chance n’a pas de passé, pas de caractère : il se contente d’obéir aux ordres donnés par son oreillette et ses lunettes intelligentes. Qualifié tour à tour de « golem », d’« androïde », de « zombie », de « robot », de « monstre », son humanité se construit peu à peu, il gagne sa liberté au fur et à mesure de l’œuvre. Pour devenir lui-même, il lui faut « tuer le père » dès les premières pages. Alors il n’aura de cesse de se construire.
Cette progression dans l’acquisition de la personnalité n’est pas sans rappeler Ikéa, le héros du remarquable Autogenèse d’Erwan Larher (Michalon, 2012). Cette construction du héros, partielle et progressive, se déroule sous nos yeux et constitue la première partie de l’œuvre. Nous accompagnons cette édification, avons envie de protéger celui qui, tel un enfant, grandit et acquiert illusions et désillusions.

– Pour la réécriture du second livre de la Genèse dans la deuxième partie du roman : la guerre civile s’est éloignée, l’action se recentre sur les deux principaux protagonistes, Chance et « la fille aux yeux verts ». Il s’agit du « commencement de la postface à l’œuvre du dénommé Dieu ». On assiste alors à une réécriture du mythe d’Adam et Eve qui est revisité… à rebours ! La chute a déjà eu lieu, le paradis se profile, l’amour se construit et la nudité atteint son apogée lorsque l’héroïne se débarrasse de sa « montre-smartphone ».
L’écriture se fait morale, la douceur l’emporte, la violence s’éloigne. « (…) il n’était pas Ulysse mais il devinait qu’il avait trouvé place dans un mythe, celui de l’amour ». Nous marchons sur un tapis d’humus moelleux et agréable, nous nous disons que tout n’est pas perdu.

– Pour la poésie : de nombreuses envolées touchantes et délicates parsèment le récit. Ces notes d’espoir ravissent et adoucissent une lecture violente. Morgiève sait nous émouvoir, titiller en nous la fibre romantique. Comment ne pas succomber quand nous lisons : « Elle avait léché la pierre du bénitier pour boire le souvenir de ses prières » ou « la fille mettait ce i qui changeait tout dans amer » ou encore « dans le lointain, des incendies ondulaient, cousaient le ciel à la terre, les réunissaient dans le même suaire ».
Ces moments de grâce nous empêchent de sombrer, de nous dire que les hommes ne sont que des bêtes.

Pour l’humour : Morgiève est réputé pour son humour à froid, son ironie cinglante. Les amateurs seront encore satisfaits. L’auteur saupoudre avec parcimonie et justesse quelques répliques cinglantes – « Mais la fin du monde, ça paraissait impossible à midi » -, quelques comparaisons inattendues – « Des chevreuils ont traversé la piste, affolés comme des hommes » – et des métaphores surréalistes « Un long long vol de sacs plastiques est passé, silencieux ».
Nous nous surprenons à sourire en regardant un pendu, à rire en plein désastre, retransmis à la télévision dans l’émission Direct Apocalypse. Et cela fait du bien !

Avec Love, Richard Morgiève nous offre avec beaucoup de générosité un roman violent, parfois drôle, romantique qui embarque le lecteur pour un voyage aux frontières de l’imaginaire… ou du réel !

« Sans chimère pas d’histoire non plus. »

En savoir plus :
http://www.carnetsnord.fr/titre/love (site de la maison d’édition)
Love, Richard Morgiève, janvier 2015, Éditions Montparnasse, Carnets Nord, Éditions Montparnasse, 18€

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