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[CRITIQUE] “Temps glaciaires” (2015) de Fred Vargas : Une balade islandaise

Ça y est : quatre ans après L’Armée furieuse, le nouveau Fred Vargas est enfin paru. Il suffisait de se promener ces dernières semaines dans n’importe quelle librairie pour comprendre qu’il s’agit là d’un véritable phénomène de l’édition française : des piles de Temps glaciaires, publié chez Flammarion et non plus Viviane Hamy (mini-polémique…), attendent le lecteur, trop heureux de pouvoir retrouver son auteur de polars préféré. Notre avis.

Synopsis :

L’intrigue commence in medias res comme on dit. Le narrateur nous invite à suivre une vieille dame qui peine à poster une lettre et fait une chute dans la rue. Quelques jours plus tard, elle se suicide… Le commissaire Bourlin, honnête policier qui ne se résout pas à classer l’affaire, appelle à la rescousse son collègue Adamsberg. L’hypothèse criminelle est la bonne : d’autres « suicides » se produisent, dont le premier point commun est d’être accompagnés d’une signature étrange et sujette à interprétations multiples : un “H” majuscule à la barre centrale oblique.

Temps glaciaires de Fred Vargas :
Une intrigue pleine de fantaisie
et un univers éloigné de notre quotidien

 

Dans Temps glaciaires, ce nouveau polar de Fred Vargas, deux intrigues bien distinctes vont se profiler :

  • l’une qui mène en Islande, sur l’île du Renard, où un groupe de voyageurs français s’était retrouvé coincé par la brume dans des conditions extrêmes, dix ans plus tôt ;
  • l’autre, au cœur de l’Association d’étude des écrits de Maximilien Robespierre, dont la principale activité est la reconstitution des séances de l’Assemblée Nationale pendant la Révolution…

Dans Temps glaciaires, nous retrouvons aussi ce qui nous plaît tant chez Fred Vargas : une intrigue pleine de fantaisie, des univers très éloignés de notre quotidien, le ton naturel, sans façon et enjoué que l’auteur adopte pour captiver notre attention, et, bien sûr, nos enquêteurs familiers : Danglard et son goût prononcé pour le vin blanc ; Adamsberg, intuitif, excentrique et persévérant quand « ça le gratte », selon les mots de son voisin Lucio ; Veyrenc, le policier qui récite des vers, mais aussi Violette Retancourt, l’imposante figure de la brigade.

Les personnages de second plan, originaux et attachants, sont aussi solidement campés : citons ici Céleste, la bonne, et son drôle d’animal de compagnie…

Codes bien connus du roman à énigme
et originalité ébouriffée

 

Si la première ligne narrative de Temps glaciaires, l’Islande, nous rapproche des codes bien connus du roman à énigme façon Agatha Christie (souvenons-nous de l’île du Nègre…) avec sa dimension ethnologique sur les traditions locales, la deuxième se distingue par son originalité ébouriffée : mélange d’érudition d’historien   ̶  ces messieurs robespierristes sont respectueux de l’exactitude des faits   ̶ , et de culture des jeux de rôle en costume d’époque.

Nous ne le savions pas, mais revêtir perruque, habit et jabot parmi une assemblée d’acteurs peut nous transporter au cœur d’un théâtre d’ombres et d’épouvante, dominé par la silhouette élancée de la guillotine, faucheuse et tueuse en série.

Les policiers, plongés dans cet « aquarium à cinglés de robespierristes », au climat également « glaciaire », fait d’excitation passionnée et de délires, où les phénomènes d’identification jouent à plein, butent rapidement sur la noirceur opaque de cette « pelote d’algues », de fils emmêlés de façon inextricable…

Une belle balade en terre islandaise

 

Pour conclure, ce dernier Fred Vargas, Temps glaciaires, nous offre une belle balade en terre islandaise et parmi cette armée furieuse…

En ces temps (glaciaires ?) où nous nous interrogeons sur le sens contemporain qu’on peut donner à l’ « esprit républicain », le choix de Fred Vargas, qui pourtant se défend de mêler la politique à ses polars, ne peut être totalement innocent.

Qui sait où le fanatisme peut nous mener ?

Ce n’est pas le moindre intérêt du roman Temps glaciaires, qui, en plus de nous offrir une distraction érudite et de bonne qualité, avec la modestie et la sympathie qui caractérise son auteur, pourrait bien aussi soulever les voiles de nos aveuglements.

 

 

En savoir plus :

Marie-Laure Surel

Marie-Laure Surel

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
J’aime la littérature, la poésie, le cinéma des années 30-40. Des œuvres nouvelles et celles, plus anciennes, qu’on continue de fréquenter comme de vieux amis.« Le Beau est toujours étonnant », disait Baudelaire.

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Marie-Laure Surel

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