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SEA FOG – Les Clandestins (2014), par-delà la torpeur / Sea Fog (2014), beyond torpor

Par/by GwenfromNY
Rédactrice/Editor

Sea Fog - poster
Ayant d’abord fait ses armes en tant que scénariste aux côtés de Bong Joon-ho sur Memories of Murder (2002), Shim Sung-bo se lance dorénavant dans la réalisation. Portrait social d’une profonde acuité, SEA FOG – Les Clandestins (해무) est un premier long-métrage brillant et audacieux sur la Corée du sud des années 2000 et ses laissés-pour-compte.

After gaining early experience as a screenwriter alongside Bong Joon-ho on Memories of Murder (2002), Shim Sung-bo starts making his own films. Sea Fog (해무) is a brilliant first feature-length and a profoundly acute social portrait that dares to face modern South Korea as regards its outcasts.

More in English >>(Translation in progress, come bubble later)
 

Synopsis : endetté, Kang Chul-joo (Kim Yoon-seok) accepte de transporter des immigrés clandestins sino-coréens à bord de son bateau de pêche en échange d’une grosse somme d’argent. Le capitaine croit maîtriser la situation à bord… Alors que les clandestins tentent d’aborder et que les éléments marins se déchaînent sur eux, Dong-sik (Park Yu-chun) sauve Hong-mae (Han Ye-ri), sino-coréenne, de la noyade. Le marin fera tout pour protéger la jeune femme de la « cabin fever » qui semble s’emparer de l’équipage. SEA FOG – Les Clandestins nous parle de l’instinct de survie, plus fort lorsqu’il est vécu à deux.

Sea Fog - photo
© The Jokers / Le Pacte

SEA FOG – Les Clandestins semble flirter avec le cinéma de genre tout au long de cette périlleuse traversée maritime, du thriller au fantastique en passant par le gore « hémoglobineux », mais se hisse finalement bien plus haut grâce à une histoire d’amour triomphante, surgissant en plein chaos.

Prompt à réveiller les pulsions voyeuristes les plus folles résidant en nous, le cinéma coréen de genre caresse à rebrousse-poil avec complaisance, et c’est bien dérangeant. The Host (2006) est à ce jour le troisième plus gros succès au box-office coréen de tous les temps. Avant lui, Old Boy (2003) de Park Chan-wook avait ouvert la voie à l’exportation du cinéma coréen jusqu’à nos salles françaises. Issu de la trilogie à succès composée de Sympathy for Mr. Vengeance (2002) et Sympathy for Lady Vengeance (2005), ce film aujourd’hui culte – notamment pour son gobage de poulpe totalement indigeste – avait reçu le Grand Prix au Festival de Cannes en 2004.

Sophistiqué jusque dans son extrême brutalité, SEA FOG – Les Clandestins n’échappe donc pas à la règle et s’épanche allègrement dans la démesure et les superpositions hasardeuses : image et son apparaissent parfois discordants, comme pour mieux nous amener à questionner le bien-fondé de notre expérience filmique. SEA FOG – Les Clandestins emprunte à moult références dans un sentiment de déjà-vu constant. On pense à The Fog (1980) de John Carpenter, mais aussi à Jaws (1975) de Steven Spielberg pour la destinée funèbre du capitaine, enchaîné à sa bicoque diabolique, englouti par une mer punitive plus monstrueuse que sa propre personne.

« Je voulais étudier la manière dont les humains réagissent et révèlent leur véritable nature dans des circonstances imprévisibles » Shim Sung-bo

Sea Fog - photo
© The Jokers / Le Pacte

Dans ce déchaînement absurde de violence, c’est tout le respect que se vouent un homme et une femme qui nous éblouit : partager une soupe « ramen » et tergiverser sur son appellation (comment ça se dit dans ton pays ?), une conversation anodine mais qui rapproche inexorablement. Transis de froid, épuisés, les deux êtres apprennent à s’aimer, s’épanouissant ainsi dans toute leur certitude. Craintive, elle croit qu’il veut profiter d’elle ; il n’attend rien en retour. Les gestes les plus héroïques se font sans témoin.

SEA FOG – Les Clandestins donne l’exemple et puise dans l’humanité de chacun. Veiller l’un sur l’autre comme dernier rempart, face à un monde en voie de submersion. Elle porte son enfant en elle et ne le sait pas encore. « Cheesy » pour certains, d’un romantisme absolu pour d’autres ? Quelques années plus tard, Dong-sik croit reconnaître de dos Hong-mae dans un restaurant de la capitale. Sa vision se dérobe, la jeune femme reste hors-champ, éternelle anonyme, immigrée clandestine aux origines troubles, car l’histoire est avant tout celle d’un homme aujourd’hui aguerri, pas la sienne.
Dans ce dernier plan, c’est un avenir à trois qui s’annonce possible, mais le réalisateur nous dépose en son seuil, forcés que nous sommes de construire, par-delà la torpeur, et donc avec encore plus de fougue, le récit d’un bonheur partagé.

GwenfromNY

En savoir plus :
– http://thejokersfilms.com/film/sea-fog-les-clandestins (site officiel du distributeur)
– Date de sortie France : 01/04/2015

Gwenaëlle L.P.

Gwenaëlle L.P.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
J'aime tous les cinémas, pourvu qu'ils me transportent et me fassent réfléchir.

TOP 3 Cinéma : "Lost in translation" de Sofia Coppola, "L'avventura" de Michelangelo Antonioni, "The 39 Steps" d'Alfred Hitchcock

Site personnel : L'avventura di Gwen
Gwenaëlle L.P.

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