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[CRITIQUE] “Jauja” (2014), never never land

Bien qu’échappant parfois à notre entendement, Jauja de l’argentin Lisandro Alonso est un western atemporel visuellement somptueux. Notre avis sur le film.

Synopsis :

À la frontière argentine au XIXème siècle, le capitaine Gunnar Dinesen (Viggo Mortensen) a pour mission de recueillir des données topographiques sur les nouveaux territoires conquis de la Patagonie. Une nuit, sa fille Ingeborg (Viilbjork Malling Agger) s’enfuit dans la Pampa avec Angel Milkibar (Esteban Bigliardi), un soldat devenu son amant.

À la croisée des chemins pris par John Wayne (The Searchers, 1956) et Matthew McConaughey (Interstellar, 2014), Viggo Mortensen, transporté par l’amour filial, explore la Patagonie jusqu’au cœur même de notre propre imaginaire.

Viggo Mortensen, aux sommets

 

Jauja - image
© Le Pacte

On découvre aujourd’hui un Viggo Mortensen mûr (et faisant enfin son âge !) après des années de fureur, notamment lors de sa fructueuse collaboration avec David Cronenberg sur A History of Violence (2005), Les Promesses de l’ombre – comment oublier ses tablettes de chocolat tatouées ? – (2007) et A Dangerous Method (2011).

Sous les traits du bel Aragorn dans la trilogie Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson comme dans La Route (Joan Hillcoat, 2009), l’acteur new-yorkais sait donc défier héroïquement les forces du Mal pour protéger les êtres qui lui sont chers. Artiste polyvalent, polyglotte, Viggo Mortensen effectue un parcours sans faute, loin des pouvoirs d’attraction d’un cinéma commercial abrutissant.

En route pour Jauja

Jauja - image
© Le Pacte

Ville principale du Pérou du temps des Conquistadores, Jauja évoquerait dans cette région du globe une légendaire terre d’abondance et de bonheur, encore inexplorée. Tout en cherchant sa fille disparue, le capitaine semble donc avancer lentement et de façon incertaine en direction d’un lieu à la dénomination floue, toutefois riche de promesses.

Dans le récent film de science-fiction Interstellar de Christopher Nolan, un astronaute-ingénieur tentait de rentrer sur Terre après avoir trouvé une nouvelle planète habitable, espoir d’un avenir pour l’humanité.
Avec force conviction et des souvenirs partagés, aussi maigres soient-ils dans cette immensité rocheuse – ici la Patagonie de Jauja, là-bas l’univers tout entier d’Interstellar -, Jauja est l’histoire d’un père qui se lance sur les traces de son enfant, guidé par l’amour qu’il lui voue corps et âme.

Les mauvaises langues se lasseront probablement de ce personnage aux grandes bottes cahotant sur les cailloux pendant près de deux heures. De ce périple, il est vrai, peut-être un peu trop long pour nos yeux impatients, Lisandro Alonso n’invite pas à en comprendre tout le sens, faisant ainsi appel à nos capacités de perception : du paysage et de ses nervures. Il est dit que certaines zones de la Patagonie argentine ressemblent aux sols lunaires, tant leur aridité témoigne d’une phase de désertification.

Le format des images aux coins arrondis suscite à la fois l’étonnement et la nostalgie, rappelant un peu nos tirages-photos des années 80… Les poses picturales employées par les protagonistes renforcent une impression d’attente extatique, ceci avant que la jeune fille disparaisse, happée par l’amour… ou le mystère lui-même entourant le lieu.
Un observateur des espaces tel que Michelangelo Antonioni aurait très probablement pu le filmer. On pense en effet à sa carte topographique de la Patagonie dans Deserto rosso (1964), seule contrée somme toute « identifiable » pour laquelle un américain s’embarque, fuyant l’Italie moderne asphyxiante et aliénée.

L’homme et l’espace

Jauja - image
© Le Pacte
« Étrangement, je sens que ce travail a pris une tournure irréelle comme pour m’aider à penser
le monde et le temps que nous habitons, et la façon dont nous disparaissons
pour inexplicablement revenir, par des voies mystérieuses. »
Lisandro Alonso

Lisandro Alonso raconte en fait le voyage – mental, cosmique – d’un homme, dont ce qu’il subsiste de vie coule dans les veines de sa fille. Il fera tout pour la retrouver, repoussant les limites de la raison s’il le faut, et décidera de croire en d’inespérées retrouvailles.

« L’approche de Lisandro s’apparente à un constant processus de distillation :
il insiste gentiment mais fermement sur la vérité intrinsèque, essentielle
de tout moment particulier. »
Viggo Mortensen

Sans dévoiler le caractère mystique de la scène finale de Jauja, il convient simplement de constater la puissance du cinéma en tant que porte ouverte à l’imaginaire : cette faille temporelle où passé, présent, futur ne font qu’un, là où le sens n’importe plus (qui est l’enfant ? qui est le parent ?), tant la vérité s’impose.

Dans son infinie étrangeté.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 22/04/2015
  • Distribution France : Le Pacte
Gwenaëlle L.P.

Gwenaëlle L.P.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
J'aime tous les cinémas, pourvu qu'ils me transportent et me fassent réfléchir.

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Site personnel : L'avventura di Gwen
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