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[CRITIQUE] « Beyond Clueless » (2014), ode nostalgique aux teen movies

Dans Beyond Clueless, Charlie Lyne propose une étude approfondie du teen movie, à travers des extraits de plus de 200 films sortis entre 1995 et 2004.

Synopsis :

L’un des tours de force du film d’ado ? Certainement de laisser croire qu’il ne valait pas le coup qu’on s’y attarde. En un demi-siècle, le cinéma d’adolescents s’est hissé au rang d’incontournable du paysage hollywoodien. Et malgré cela, ce phénomène est curieusement ignoré. Écrit et réalisé par Charlie Lyne, critique et blogueur consacré par The Times, raconté par l’actrice Fairuza Balk (Dangereuse Alliance [1996], Presque célèbre [2000] mais aussi Don’t Come Knocking [2005] de Wim Wenders), allié à une bande originale du duo pop Summer Camp, Beyond Clueless est un tripà travers les extraits de plus de deux cent classiques, dans ce qui constitue l’âme du teen movie.

 

Genre peu estimé, peu considéré et regardé de haut, le teen movie souffre probablement de sa définition : cette catégorie rassemble les films qui parlent de l’adolescence, mettent en scène des adolescents et sont destinés aux adolescents. Pourtant, de la Fureur de vivre (1955) à Kids (1995), en passant par American Pie (1999) ou Virgin Suicide (1999), le spectre du teen movie est bien plus large qu’il n’y paraît et mérite largement son chapitre dans l’histoire du cinéma américain.

 

© Film du Camelia

Composé uniquement d’extraits de films, Beyond Clueless – que l’on peut traduire par « Après Clueless », exemple emblématique du genre sorti en 1995, ou bien, plus littéralement, par « plus que stupide » – a de quoi surprendre le spectateur habitué aux documentaires plus classiques. Les séquences s’enchaînent rapidement, sans pause ni interview d’experts, dans un montage nerveux que vient nuancer la pop onirique de Summer Camp.

Mais Beyond Clueless est bien plus qu’un catalogue de moments clés de teen movies accompagné d’une jolie musique. Alors qu’il aurait pu se contenter de juxtaposer les motifs récurrents de ces films américains (scènes de cafétéria, bals de promo, premiers émois…), Charlie Lyne fait le choix d’un découpage plus subtil en 5 chapitres : fitting in, acting out, losing yourself, toeing the line, moving on – qu’on pourrait traduire grossièrement par : s’intégrer, jouer le jeu, se perdre, rentrer dans le rang, aller de l’avant -.

Ces cinq étapes qui jalonnent l’adolescence permettent au réalisateur de dérouler ses réflexions souvent très pertinentes sur une période de la vie universellement compliquée, et son traitement cinématographique. Il répond à de nombreuses questions faussement superficielles : pourquoi le héros du film est-il toujours un « weirdo », un « geek » ou un « loser » ? Pourquoi la question du placement dans la cafétéria du lycée est-elle vitale ? Comment (ne pas) s’habiller pour le bal de promo ? Et ce en prenant toujours soin d’illustrer son propos par un extrait judicieux.

Une fois surmontées les bouffées nostalgiques susceptibles d’étreindre le spectateur à la vision de tel ou tel extrait, celui-ci est ainsi amené à réfléchir aux problématiques de l’altérité, de l’amitié ou encore de la sexualité à l’adolescence, et à voir d’un œil neuf et plus éduqué ces films qui l’ont fait entrer en cinéphilie, mais qu’il n’a pas daigné revoir depuis l’âge ingrat.

© Film du Camelia

Une qualité de ce documentaire tient dans le traitement égalitaire des 200 films présentés. Charlie Lyne ne fait aucune distinction entre les perles qu’on regarde avec plaisir à chaque diffusion télévisée (Lolita Malgré Moi [2004], Sexe Intentions [1999], 30 ans sinon rien [2004]…) et ceux qu’on aurait sûrement qualifiés de navets s’ils étaient parvenus jusqu’à nos frontières – qui avait entendu parler de Slap Her… She’s French ! (2002) auparavant ? -.

Avec une tendresse sincère, Charlie Lyne place tous ces films sur un pied d’égalité, en analysant de façon aussi bien documentée un extrait de La Main qui Tue (1999) qu’un autre de Donnie Darko (2001), plus connu et plus estimé des critiques.

Sans jamais céder à la tentation ironique ou condescendante, Beyond Clueless, en plus d’offrir une subtile réflexion sur l’adolescence et ses affres, est une jolie lettre d’amour du réalisateur aux films qui ont jalonné sa (récente) jeunesse.

Bien qu’un peu désordonné, le documentaire du prometteur Charlie Lyne nous donne envie de nous replonger dans ces films que l’on a peut-être un peu vite oubliés dans un coin de notre chambre d’adolescent.


En savoir plus :

  • Date de sortie France : 29/04/2015
  • Distribution France : Bossa Nova

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