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Furyo (1983), guerre et amour / love and death

Après une ressortie en copie neuve pour ses 30 ans en 2013, Furyo de Nagisa Oshima s’offre ces jours-ci une version restaurée Haute-Définition 2K avant la rétrospective intégrale du Maître du 4 mars au 2 mai 2015 à la Cinémathèque française. Fort de L’empire des Sens, Nagisa Oshima aborde dans ce film une sensualité trouble entre deux cultures que tout oppose. Cette ressortie est l’occasion de revenir sur un film ambigu qui fit trembler la Croisette à Cannes en 1983.

After being released in 2013 for its 30th anniversary, Furyo (1983) directed by Nagisa Oshima is back with a new 2K resolution release, just before the Complete retrospective of the Master at the Cinémathèque française from March 2nd to May 2nd, 2015. In this film, Oshima focuses on how sensuality can provoque fascination between two radical ennemies. Let’s get back on an ambiguous movie that shook up Cannes Film Festival in 1983.

More in English >> (Translation in progress, come bubble later)

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Synopsis : Java. 1942. Yonoï (Ryūichi Sakamoto), chef d’un camp de prisonniers anglais, est pris dans un conflit impossible face à l’attirance qu’il éprouve pour un nouveau détenu, Jack Celliers (David Bowie). Malgré la tempérance et la médiation de John Lawrence (Tom Conti), érudit et adepte de la culture nippone, les forces implacables de la guerre vont prendre le dessus et servir de prétexte à la répression de sentiments inavouables.

Film de guerre ou film intimiste ?

© Bac Films

Si le cadre du film est celui de la Guerre du Pacifique en 1942, le fait d’avoir planté le décor dans un camp de prisonniers relève plus du huis-clos que de l’apologie du char d’assaut. Ici, pas de fusillade à tout crin, pas de combat d’anthologie, mais une fine description des rapports humains et masculins en temps de guerre, entre courtoisie et répression.

C’est bien cette limite que le réalisateur vient aborder ici, non sans égratigner au passage la vision du camp nippon, sans complaisance. La Convention de Genève fait place à la subjectivité des jugements personnels. En temps de guerre, nous dit Oshima, il n’y a guère plus d’objectivité. Enfermez des hommes et leurs pulsions ressortiront, quoiqu’il arrive.

Au delà de l’enfermement, c’est l’immixtion de l’intime dans les rapports sociaux, d’autant plus troublants qu’ils naissent entre Yonoï, le capitaine du camp et Jack Celliers, un nouveau détenu aux cheveux peroxydés, comble du raffinement, de l’élégance et de la sensualité. Oshima a su choisir une arène, un décor, qui poussent les idéaux à leur paroxysme.

Le charme comme arme de résistance massive

© Bac Films

Dès son procès, Celliers, par son flegme et son ton britannique, détourne inlassablement toute question d’un tribunal de pacotille. Le charme de l’anglais, son apparence juvénile troublante, son insoumission verbale sont en soi un morceau de bravoure contre l’absurdité bureaucratique et autoritaire de l’ennemi. L’attirance qu’éprouve Yonoï dès le procès referme le piège : ce dernier vient de faire rentrer l’ennemi dans son camp. Le piège va se refermer sur lui. La guerre, pour Yonoï et ses comparses, est déjà finie, à l’instant même où Celliers est condamné.

Celliers use jusqu’à la corde et joue de son charme pour provoquer l’ennemi. Et ça marche. Jusqu’à une certaine limite. L’autorité militaire est tournée en dérision, notamment lors de cette scène emblématique d’un Celliers mâchonnant une fleur sous le regard ahuri de Gengo Hara (Takeshi Kitano).

L’attirance et la sensualité sont ici une arme de provocation, une arme de défense et de résistance. Elle prend une forme de condamnation lorsque Yonoï menace l’intégralité des prisonniers.

L’homosexualité, seul sujet du film ?

© Bac Films

On a beaucoup évoqué l’homosexualité comme sujet du film. Certes, Oshima prend un grand plaisir à flouter les limites et explorer ainsi les rapports d’intimité entre hommes, une première à l’époque, ou presque.

Si l’homosexualité est présente dans le trouble qui agite le capitaine Yonoï, elle est aussi et surtout un vecteur de résistance. La sensualité et le rapport trouble entre ces deux hommes est aussi un moyen pour Oshima de discréditer tout fait d’arme et de guerre, et de dénoncer l’absurdité et le dogmatisme militaire sous toutes ses formes. Pour preuve, cette scène où un soldat coréen ne parvient pas à se faire hara-kiri et finit décapité par un soldat japonais dont – comble de l’ironie – on ne voit jamais la tête. Oshima questionne la guerre et oppose à la logique du conflit, le trouble et le tourment des rapports sociaux et humains. C’est dans une incompréhension mutuelle et une rigidité de la pensée que résident tout conflit, semble-t-il nous dire.

Toute obéissance devient alors caduque, des deux côtés. Anglais comme Japonais tentent de raisonner selon leurs propres codes, humanistes d’un côté, militaire de l’autre. Dès lors, il n’y a plus de rapports possibles. Et si, dans un premier temps, la séduction est salutaire, elle porte forcément en elle les germes de sa propre fin dans un système qui refuse de reconnaître et d’accepter ses propres sentiments.

Dès lors, personne ne sort indemne d’un conflit où nul ne veut faire un pas vers l’autre. Afficher sa sensualité devient aussi dangereux qu’être un ennemi. Ainsi, c’est un baiser audacieux, provocateur, qui condamne Celliers. Tout comme Yonoï se condamne en en refusant et l’offrande et sa propre ambivalence. Un baiser comme ultime cri de guerre et arme de défense.

Un film en écho à notre époque actuelle

© Bac Films

Aujourd’hui, dans un monde qui se raidit face aux conflits, peurs et terreurs à nos portes, ce baiser de Celliers à Yonoï prend une dimension supplémentaire. En effet, face à un système rigide, militaire, codifié et fanatique à l’absurde, s’oppose un monde où humour et dérision, voire provocation sont des armes de pacification, d’alerte, et de liberté.

Or, le film, vu sous cet angle, est finalement pessimiste et visionnaire. À toute provocation ne peut répondre que provocation. Il n’y a aucun échange lorsque les deux systèmes continuent de fonctionner à la surenchère. Il est à ce niveau remarquable que finalement, seul John Lawrence survive : en effet, c’est finalement le seul porteur d’une vision non-violente de la communication et des échanges.

Une leçon par les temps qui courent !

James Doe

En savoir plus :
– http://www.bacfilms.com/distribution/prochainement/film/furyo (site officiel du distributeur)
– Date de sortie France en copie restaurée 2K : 18/03/2015

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