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[CRITIQUE] “Mr Mercedes” (2015), la poursuite infernale

Le nouveau roman de Stephen King, écrivain américain célèbre pour ses nombreux récits d’épouvante adaptés au cinéma (Carrie, Shining…), délaisse cette fois-ci la littérature fantastique pour le genre du thriller, auquel il rend un hommage appuyé en multipliant les clins d’œil de connivence avec le lecteur : Mr Mercedes.

Synopsis :

Lors d’une nuit d’avril 2009, froide et humide, dans une ville du Midwest, une longue file d’attente de chômeurs se forme devant l’entrée de l’auditorium du City Center pour accéder à une foire à l’emploi. Là, dans la foule, se trouve Janice Cray, une jeune mère célibataire portant dans les bras son bébé un peu malade, prête à endurer le brouillard et les regards désapprobateurs des « gens bien intentionnés » pour trouver un hypothétique job. Il y a aussi Augie, un brave homme qui sympathise avec Janice et lui prête son duvet pour les protéger du froid. C’est un tableau à la fois émouvant et simple d’une Amérique prête à se soutenir dans la dèche généralisée et bien installée après la crise et les licenciements. Mais au petit matin, une grosse berline Mercedes grise fonce sur la foule des demandeurs d’emploi, fauchant et tuant huit personnes, dont Janice et son bébé.
Un an plus tard, Bill Hodges, le policier fraîchement retraité qui a échoué dans l’affaire du City Center, reçoit une lettre de « Mr Mercedes ». Le vieux flic, dont la vie s’étiole devant les « merdes télévisuelles » de l’après-midi jusqu’à envisager sérieusement le suicide, est soudain ragaillardi par les provocations du tueur. La traque va reprendre, mais Hodges jouera d’abord solo, en marge de la police qui ne comprend pas grand-chose à l’affaire, avant d’être épaulé par un jeune Watson, son voisin Jérôme, et une femme appartenant à la famille d’une victime…

Du côté des oubliés de la vie

 

Mr Mercedes image Stephen King
© Dick Dickinson Photography

M. King connaît ses classiques : James M. Cain, auquel le livre est dédié, Raymond Chandler, Conan Doyle, et même Agatha Christie. Il n’oublie pas pour autant les siens : Christine (une voiture hantée, tiens, tiens) et le clown de Ça. Mais cette distance amusée n’est pas de nature à entamer les plaisirs de la fiction et les effets du suspense, qui culminent dans une course-poursuite où le surnaturel est définitivement absent.

En effet, cette fois-ci, exit zombies, fantômes, vampires et esprits maléfiques. Nulle trace de hantise sur la carrosserie de la Mercedes repeinte en bleu. Le mal est banal et il a un nom : Brady Hartsfield. Stephen King donne la parole à son tueur, dont nous partageons les pensées intimes et les projets, jusqu’à comprendre peu à peu les circonstances qui l’ont amené au paroxysme de la haine du genre humain, des enfants, des Noirs et des gens heureux : une famille fracassée par un destin franchement défavorable.

Comme les chômeurs du City Center, lui aussi est du côté des oubliés de la vie, de ceux qu’on n’a pas invités à la fête, dans cette Amérique accro à la crème glacée et aux émissions de télé-réalité, dans cette société des usines fermées et du chômage de masse, où des mômes vendent du crack pendant que dans les quartiers riches, on embauche des vigiles pour surveiller les allées et venues. Mais plus rien ne peut plus sauver Brady. Alors…

Mr Mercedes :
Une réflexion sur les maux de l’Amérique

 

On retrouve dans ce dernier opus du King ce mélange d’ultra-violence, qui surgit par surprise et frappe aveuglément comme la déesse Fortune, et de compassion pour les gens modestes, les dingos, les gros et les femmes mûres, tout un monde plus si sûr d’arriver à séduire : Hodges, sauvé du suicide, Janey et sa sœur Olivia, la compulsive obsessionnelle qu’on n’aura pas crue, Holly, qui, avec ses tendances psychotiques, aura une seconde chance.

Comme souvent quand on s’approche de la fin dans un roman de Stephen King, le compte à rebours est oppressant. On n’est plus sûr de rien mais on se doute que QUELQUE PART ça va mal tourner. Chacun devra payer son tribut à la mort. Plus que jamais, la vie ressemble à un merdier incohérent dont nul ne sort complètement indemne. Et pourtant : « même le jour le plus sombre, quelque part, le soleil brille sur le cul d’un chien. »

En bref, un polar au suspense haletant, qui livre aussi de manière plus subtile une réflexion sur les maux de l’Amérique et la touchante difficulté de la condition humaine.

 

 

En savoir plus :

  • Mr Mercedes, éditions Albin Michel, 480 pages, 23.50 €
  • Date de parution France : 05/02/2015
Marie-Laure Surel

Marie-Laure Surel

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
J’aime la littérature, la poésie, le cinéma des années 30-40. Des œuvres nouvelles et celles, plus anciennes, qu’on continue de fréquenter comme de vieux amis.« Le Beau est toujours étonnant », disait Baudelaire.

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