//insérer vidéo facebook
enfr
Accueil / MUSIQUE / Amon Tobin, metteur en scène le plus doué de sa génération ?

Amon Tobin, metteur en scène le plus doué de sa génération ?

Profitant  de La Nuit des Ninjas (Amon Tobin djset + MachinDrum + Moiré Live) du 14 février 2015 à l’Electric Paris (France), retour sur un des DJ les plus inventifs de sa génération. Amon Tobin est-il le metteur en scène le plus doué de sa génération ? Réponse en cinq parties.
        
 
Amon Tobin est un faiseur de sons hors-pair, dans la mesure où il peut s’adresser à tout être humain désireux de s’évader de l’instant présent grâce non seulement à son univers musical singulier mais aussi à cette complicité virtuelle qui le lie à son auditeur.
© D.R.

Alors pour commencer, Amon Tobin n’est pas cinéaste, il est D.J. (Disc jockey) et ce terme est lui-même réducteur par rapport au talent (euphémisme) et la créativité immense du bonhomme. Cet homme discret produit et réalise depuis dix-huit ans une œuvre importante et dense dans le domaine de la musique électronique. Sa dernière prestation : en 2011, le show ISAM 2.0. témoigne de son désir intact, de surprendre, son public et ses auditeurs, en se renouvelant sans cesse.

Amon (Adonai Santos De Araujo) Tobin est né en 1972 à Rio De Janeiro au Brésil. Il a ensuite voyagé et vécu en particulier en Angleterre avant d’atterrir à Montréal, ville où il a désormais élu domicile. En Angleterre, il étudia la photographie puis la musique. Il y est également un des protégés du fameux label Ninja Tune, écurie britannique prodigieuse qui a vu également sortir d’autres talents comme Bonobo, Blockhead…

La musique électronique et le sampler

 

Bon, tout d’abord, dans le genre musical qu’on nomme l’électro, il n’y a pas à proprement parler de musiciens. Ces créateurs d’ailleurs le reconnaissent ou le revendiquent. Ces faux/géniaux musiciens travaillent très souvent à l’aide d’un sampler et aucun (ou presque) ne connaît le solfège ou n’a envie de le connaître.

Alors le sample (échantillon), c’est quoi ? Petit rappel : Daft Punk, IAM, Massive Attack, DJ Shadow (!!), Portishead, Radiohead, The Chemical Brothers, Amon Tobin, bien sûr (et j’en oublie !), l’ont TOUS utilisé au moins une fois.

© D.R.

Le sampler (cf. photo) est une machine qui permet d’isoler, d’extraire une boucle musicale, une mélodie, provenant d’un morceau déjà existant, de réutiliser toute cette matière sonore afin de créer un morceau tout neuf, moderne, et très souvent, extrêmement plaisant à écouter.

La musique électronique a vu naître bon nombre de sous-catégories où parfois on se perd (moi le premier). Une liste non exhaustive de « styles » témoigne de cette large palette inhérente au « son électro » : hard-tech, trance, dance, drum&bass, dub, dubstep, breakbeat, jungle, big beat (ah, les Chemicals Brothers ou Prodigy ou Fat Boy Slim !!), house ou… french touch (les Daft Punk, yeah !), et j’en oublie encore…

L’univers d’Amon Tobin

 

Quand au « son » d’Amon Tobin, il est tout simplement unique. Alors, bien sûr, il emprunte au jazz, à la drum&bass, au trip-hop, au breakbeat, au jungle et même au dubstep dans ses dernières créations avec le projet Two Fingers. La particularité de son univers est qu’il crée des morceaux fortement reconnaissables mais qu’en même temps il brouille les pistes en permanence. Quand vous écoutez un titre de Amon Tobin, des images viennent très rapidement se créer dans votre esprit (Bonobo et surtout Blockhead ont, eux aussi cette capacité magique à favoriser cette création visuelle dans la tête de l’auditeur qui les écoute). Pour les écrivains ou scénaristes en herbe je leur conseille vivement d’écouter sa musique !

L’univers de Amon Tobin est en général noir, maléfique, étrange et beau. On peut, par exemple, penser aux bouquins de Lovecraft en l’écoutant. La plupart de ses albums pourraient servir de bandes sons idéales pour des films de science-fiction ou… se prêter aussi parfaitement à l’univers de David Lynch. En effet, dans le morceau Like Regular Chikens (1998), il utilise un sample de dialogue extrait de… Eraserhead !!

Autre exemple, en 2005, le monde du jeu vidéo a fait appel à Amon Tobin pour composer la B.O. d’un des épisodes de Splinter Cell, qui s’appelle Chaos Theory. Force est de constater, que à nouveau le maître fait mouche. Sa musique, encore une fois, sombre et inquiétante, complètement claustrophobe mais au combien jouissive à écouter, colle parfaitement à l’univers du jeu vidéo.

Pour revenir au côté visuel unique de sa musique, c’est tellement évident que j’ai envie de proclamer que Amon Tobin est le meilleur scénariste de notre époque ! Le morceau The Lighthouse (2005) montre les progrès importants qu’il a accompli sur le travail musical, la densité de l’atmosphère et la richesse des textures sonores. Le morceau commence avec des nappes faussement calmes, avance doucement et s’amplifie progressivement de lumière ou d’obscurité, comme si ça clignotait (Lighthouse = phare) puis le son menace, le breakbeat survient soudainement, destructeur, comme un rouleau compresseur (une des marques de fabriques du brésilien) puis il se retire pour mieux revenir, mais l‘ambiance n’est déjà plus la même.

Bienvenue dans le monde étrange et noir d’Amon Tobin où chaque morceau est comme une scène cruciale d’un excellent thriller, autrement dit : captivant, effrayant et surtout imprévisible !

Je tiens également à dire que les morceaux que je vous propose d’écouter (il y en aura d’autres) ne sont qu’une infime partie de l’iceberg que représente le travail de notre génie.

Laisser un commentaire