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[DVD] L’Intégrale João Pedro Rodrigues (2014), de l’impudeur à la grâce / from indecency to grace

Récemment porté en haut de l’affiche grâce au très beau Tabou (2012) de Miguel Gomes qui connut un succès publique et critique, le cinéma portugais n’en reste pas moins méconnu. Epicentre Films, fidèle distributeur de son ambassadeur le plus protéiforme, nous donne une bonne raison de le découvrir en nous offrant l’intégrale des œuvres de João Pedro Rodrigues.

With the exception of Miguel Gomes’ Taboo which enjoyed great success among film critics and audiences, Portuguese cinema remains relatively unknown. The film distribution company Epicentre Films will give you a chance to discover this cinema by offering an anthology of one of its most talented filmmakers: João Pedro Rodrigues.

More in English >> (Translation in progress, come bubble later)

De João Pedro Rodrigues, on se rappelle, pour ne citer qu’eux, Mourir comme un homme (2009) mais également O Fantasma (2000), probablement l’un de ses longs-métrages les plus âpres et intransigeants dont on ne compte plus les prix et nominations, notamment au Festival Entrevues Belfort ainsi qu’à celui de Venise.

L’intégrale de sa précieuse filmographie se constitue également de documentaires, de courts et de moyens-métrages : des préludes, exercices et prolongations de ses œuvres majeures.

Matin de la Saint Antoine
© Epicentre

Pour décrire l’étrange sensation ressentie à travers la découverte de l’œuvre de João Pedro Rodrigues, on pourrait penser à une plongée totale et soudaine dans l’obscurité avec la perte de repères qu’elle suppose.
Expérimentation des formes narratives (déconstruction du récit), utilisation d’effets spéciaux, montages psychédéliques, le réalisateur travaille son cinéma à la manière d’un artisan. Comme un sculpteur modèle les terres plastiques, João Pedro Rodrigues modèle le cinéma en partant d’une matière brute et en nous donnant à voir chaque étape ce qui sera in fine son travail achevé ou inachevé…

L’intégrale du cinéma de João Pedro Rodrigues  nous permet de découvrir l’œuvre du cinéaste, de ses débuts avec son court-métrage de fin d’école (Le Berger [1988]) à ses films inédits courts et moyens-métrages.
On constate ainsi l’évolution du cinéma du réalisateur portugais, mais également la filiation entre son travail et celui de son acolyte João Guerra da Mata avec qui il signa son dernier long-métrage La dernière fois que j’ai vu Macao [2012], œuvre hybride entre fiction, documentaire et cinéma expérimental.

© Epicentre

Résumer le cinéma de João Pedro Rodrigues serait un exercice difficile tant l’auteur détourne, dévie et renouvelle les codes et procédés normatifs de la narration…. L’utilisation du mystique qui ponctue ses films lui permet d’intégrer une dimension impalpable, presque surnaturelle. On pense à la forêt enchantée de Mourir comme un homme (2009) où Tonia et Rosario se retrouvent avec Maria Backer et Paula, deux travestis marginaux et charismatiques croisés au début du film. Une parenthèse, une brèche de folie et de magie glissée au milieu d’une mélancolie constante et parfois pesante.

Le cinéma carnassier de João Pedro Rodrigues interroge les sens grâce à l’utilisation audacieuse des corps. La singularité du réalisateur  tient notamment à la crudité de ses plans et de ses personnages (scènes masochistes,  sexes en érection,  agressions physiques et psychologiques). Pourtant, c’est de cette violence apparente que naît le sublime. Filmer les corps : les corps tatoués et abîmés autour de la question du mythe du premier roi du Portugal (Le Corps du Roi) par exemple, les corps meurtris et infectés suite à l’implant mammaire d’un transsexuel (Mourir comme un homme), les corps inhabités et malades de zombies urbains (Matin de St Antoine). Meurtris, distordus, malades ou nus, ils questionnent l’identité, l’histoire, la religion, le désir et le passage du temps.

© Epicentre

Une œuvre exigeante où la ruralité portugaise et ses portraits sociologiques, visibles dans ses premières œuvres – Le Berger et Voici ma maison – jouxtent un travail tourné vers une Asie lisboète, entrevue dans les courts-métrages  Aube rouge (2011) et Mahjong (2013) ainsi que dans son long-métrage La Dernière Fois que j’ai vu Macao (2012), collaboration réussie avec João  Guerra da Mata.

Pluriel, sale, transgressif, poétique et politique, le cinéma de João Pedro Rodrigues est aussi varié dans ses narrations que dans ses genres cinématographiques (film noir, fantastique…). Par un traitement visuel poétique et une minutie dans son exécution, il transcende le caractère abrupt de son cinéma et lui donne une extraordinaire densité à travers des scènes fortes et expressives. Les instants de contemplation présents dans ses films permettent à son œuvre de respirer et d’explorer de multiples facettes qui n’accordent jamais – et l’on s’en réjouit – de repos à ses spectateurs.

En bonus de ce coffret, Epicentre Films nous propose des entretiens avec le réalisateur et Jean Marc Lalanne, des scènes coupées et 3 courts métrages dont l’indispensable Parabéns!.

N.P.

En savoir plus :
http://www.epicentrefilms.com/dvd-Coffret-L-Integrale-Joao-Pedro-Rodrigues-Joao-Pedro-Rodrigues- (le site officiel de l’éditeur)
– Disponible en DVD chez Epicentre Films depuis le 2 décembre 2015

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