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Snow Therapy (2014), la nature humaine mise à nu / human nature under the microscope

Le réalisateur Ruben Östlund résume le questionnement central de Snow Therapy : « Comment les êtres humains réagissent-ils dans les situations soudaines et inattendues, comme une catastrophe par exemple ? » Les conséquences, et surtout les réactions de chacun, se vivent au rythme des personnages. Prix du Jury de la sélection Un Certain Regard à Cannes en 2014, Snow Therapy nous habite de compassion et invite à repenser l’être humain.

Snow Therapy‘s director Ruben Östlund defines the central question of this film: « How do human beings react in sudden and unexpected situations, such as a catastrophe? » The consequences, and especially the reactions of one another, are lived among the characters. Jury Prize winner for the Cannes 2014 Un Certain Regard selection, Snow Therapy seeks to provoke understanding and invites us to rethink human nature.

More in English >> (Translation in progress, come bubble later)
 

Synopsis : Véritable famille modèle, Tomas (Johannes Bah Kuhnke), Ebba (Lisa Loven Kongsli) et leurs deux enfants Vera (Clara Wettergren) et Harry (Vincent Wettergren) passent des vacances d’hiver de rêve dans les Alpes. Jusqu’à ce qu’un déjeuner ensoleillé vienne tout bouleverser… Installés à la terrasse d’un restaurant d’altitude, ils sont témoins d’une avalanche qui provoque un mouvement de panique générale. Alors qu’Ebba appelle son mari à l’aide tout en essayant de protéger leurs enfants, Tomas, lui, a déjà pris la fuite, ne pensant qu’à sauver sa propre vie et son téléphone portable… Mais plus de peur que de mal ! L’avalanche a épargné le restaurant. Pourtant, l’attitude pleine de lâcheté de Tomas ébranle instantanément sa place au sein de la famille. Au cœur du tumulte qui secoue son couple et fragilise leurs enfants, Tomas tente alors désespérément, et souvent maladroitement, de rétablir son image de héros de la famille.

Quand un bateau heurte un iceberg, les femmes tombent à l’eau !

© Alamode Film

Le 15 Avril 1912, quand le Titanic a coulé, un tiers des passagers ont survécu, dont une majorité de femmes et d’enfants. Si la structure familiale a évolué depuis le début du siècle dernier, l’imaginaire collectif entretient l’image de l’homme chevaleresque, faisant de son rôle de protecteur une caractéristique indissociable de la masculinité.

« Pourtant », comme le remarque le réalisateur, « aujourd’hui, un homme a très rarement l’occasion d’intervenir et de protéger sa famille. Il n’a aucune opportunité réelle pour réaliser ce genre d’action, car il y a très peu de danger physique menaçant la classe moyenne dans la société occidentale. » Cela n’empêche que, même de manière inconsciente, « tout le monde attend toujours cela de lui et lui-même s’y attend. » Les chiffres du Titanic ne sont pas la norme, et les statistiques soutiennent ces faits : les survivants de catastrophes maritimes sont majoritairement des hommes. En situation de crise, les hommes sont davantage susceptibles d’abandonner leur famille, et nombreux sont les couples qui divorcent après une catastrophe.

Un dilemme universel

Fasciné par cette réalité, Ruben Östlund nous présente ici un père qui, dans un moment de panique, se sauve sans penser au sort de sa femme ni à celui de ses enfants – même s’il ne l’admettra jamais. Il ne s’agit pas d’accusations, mais d’une simple observation : le film ne prend pas parti. Au contraire, le réalisateur se montre bienveillant face à tous ses personnages : nul n’est jugé, car il est ici question d’instinct. Ainsi, chacun d’entre nous est sujet à une réévaluation. L’objectif du réalisateur est atteint : « que le dilemme de Tomas devienne universel. »

La station de ski, microcosme du quotidien

© Alamode Film

La station de ski représente une expérience courante pour la classe moyenne, un îlot temporel et géographique où les familles viennent passer du temps ensemble, loin des responsabilités. C’est un moment pour se ressourcer, mais aussi pour se retrouver.

Le film se déroule sur une période de cinq jours, de l’arrivée sur les pistes de la famille à leur trajet pour l’aéroport. La structure du film n’est pas calquée sur les événements mais sur le déroulement de la vie quotidienne : le retour à la station de ski après une journée sur les pistes, le dîner entre amis, le brossage des dents… des événements à priori sans importance, mais qui révèlent, dans leur répétition, l’apparition de failles dans la structure familiale et le revers de vacances à priori idylliques.

Le numérique au service du réalisme

Huis-clos psychologique dans le vaste et magnifique espace des montagnes, le film a été traité avec des effets spéciaux complexes et élaborés. Loin du m’as-tu-vu Hollywoodien, le travail de post-production est dirigé avec l’intention qu’il demeure invisible aux spectateurs. Si on suppose (et espère !) que les acteurs n’ont pas été mis en présence d’une véritable avalanche (il ne s’agit pas d’un effet numérique mais de la projection sur écran vert de ce phénomène en Colombie Britannique), ce sont des détails qui ont fait l’objet de retouches. L’équipe a travaillé sur les décors pour rendre le complexe des Arcs et la nature plus sensationnels, mais a aussi effectué de nombreux mouvements de caméra sur des prises fixes. Posée face aux acteurs, la caméra se fait le reflet des personnages et de leurs relations.

© Alamode Film

A l’inverse de Tomas et Ebba dont l’avalanche bouleverse leurs vies, Ruben Östlund contrôle entièrement son travail. C’est d’ailleurs un aspect fondamental de son oeuvre, qu’il a déjà prouvé dans ses précédents longs-métrages (Involuntary en 2008 et Play en 2011) ainsi que dans son court-métrage Incident by a Bank, Ours d’Or à la Berlinale en 2010. Son esthétique centrée sur l’utilisation de caméras HD, suivie d’un lourd travail de post-production numérique, a d’ailleurs fédéré un groupe de réalisateurs scandinaves autour de lui : L’école de Göteborg.

Snow Therapy, une comédie grinçante sur le rôle de l’homme au sein de la famille moderne

Le film trouble, et fait réfléchir des deux côtés de l’écran : les personnages autour du couple autant que les spectateurs. Son succès du film repose en grande partie sur le casting, notamment avec le suédois Johannes Bah Kuhnke et la norvégienne Lisa Loven Kongsli qui interprètent le couple avec authenticité.

Etude de l’Homme, Snow Therapy est un film pour lequel on ne peut vendre la mèche ; en parler sans expliquer l’histoire est impossible, mais connaître le sujet ne gâche en rien l’expérience filmique. A l’image de l’homme à tout faire de l’hôtel qui semble vivre sur le balcon en face de leur chambre, on se sent parfois voyeur, au premier rang d’une intimité mise à nue. Snow Therapy met mal à l’aise ; loin du feel-good movie, il nous invite à la réflexion et nous livre un grand moment de cinéma.

Pandora

En savoir plus :
– http://www.bacfilms.com/distribution/film/snow-therapy (site officiel du distributeur)
– Date de sortie France : 28 janvier 2015

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