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« Eau argentée » (2014), mille et un morts

En 2010, un « Printemps arabe » se propage un peu partout dans les pays arabes où les peuples réclament liberté et dignité. En Syrie, la situation dégénère vite en guerre civile. En France, le réalisateur syrien Ossama Mohammed (Sacrifices, 2011) assiste impuissant à la situation jusqu’au jour où il rencontre sur les réseaux sociaux la jeune réalisatrice syrienne Wiam Simav Bedirxan, toujours sur place. « Si vous étiez à ma place, que feriez-vous ? Par où commenceriez-vous ? » Pour répondre aux questions de la jeune fille, il décide de faire un film : Eau argentée (ماء الفضة).

 

Synopsis :

En Syrie, les Youtubeurs filment et meurent tous les jours. Tandis que d’autres tuent et filment. À Paris, je ne peux que filmer le ciel et monter ces images Youtube, guidé par cet amour indéfectible de la Syrie. De cette tension entre ma distance, mon pays et la révolution est née une rencontre. Une jeune cinéaste Kurde de Homs m’a « tchaté » : « Si ta caméra était ici à Homs que filmerais-tu ? » Le film est l’histoire de ce partage.

Film sans consession, Eau argentée nous livre des images chocs d’une population massacrée par un État refusant de répondre à ses demandes. Le réalisateur Ossama Mohammed prend le parti radical de nous plonger au cœur du conflit, à travers un dispositif inédit. Il va recueillir les images de cette guerre civile postées par les jeunes du pays sur Youtube. Puis à travers un dialogue entre lui (à Paris) et la jeune Wiam Simav Bedirxan (à Homs, en Syrie), il va créer un nouveau film pour dénoncer une situation de plus en plus oubliée dans les médias.

 © Les Films d’Ici

Images trouvées sur Youtube, images envoyées par Simav, images filmées sur Paris, Ossama Mohammed tisse peu à peu un film faits de bouts épars, de répétitions et de métaphores sur fond d’images très violentes de corps torturés et  criblés de balles ainsi que des images d’une ville bombardée.
Le film est un flux d’images toutes plus insoutenables les unes que les autres, filmées aussi bien par les « bourreaux » que par les victimes. Les rares moments de poésie – comme cette scène en compagnie de l’enfant sur l’affiche où il se promène innocemment dans les rues, tout en n’ignorant pas de nous préciser qu’à tel ou tel carrefour, il faudra faire attention car un sniper guette – sont très vite contrebalancés par des images très dures d’exactions de l’armée sur les civils. Le propos du film est très clair : nous faire ressentir viscéralement la violence vécue chaque jour par les habitants.

Il est possible de rapprocher le film de celui de Michel Hazanavicius sur le conflit en Tchétchénie, The Search (2014) dans cette volonté de dénoncer une guerre où les victimes sont très largement des civils. Comme celui-ci, on peut reprocher au film d‘Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirxan d’appuyer parfois un peu trop son propos. Néanmoins, la force de cette Eau Argentée est aussi de nous offrir un regard documentaire bouleversant sur la réalité des conflits armés. Un film dur mais nécessaire.

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 17/12/2014
  • Distribution France : Potemkine Films

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