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[DVD] The Normal Heart (2014), commencer la guerre / to start a war

Qui se souvient que le Sida a d’abord été une épidémie mystérieuse qui a discrètement emporté des milliers de jeunes gays aux États-Unis et en Europe? Ryan Murphy (Nip/Tuck, Glee…) revient avec The Normal Heart, un téléfilm puissant qu’il réalise et co-produit avec Mark Ruffalo et Julia Roberts au casting, sur l’apparition du Sida dans les milieux homosexuels new-yorkais du début des années 1980. Adapté de la pièce autobiographique du même nom écrite par Larry Kramer en 1985, il a reçu l’Emmy Award 2014 du meilleur téléfilm.

Who remembers that AIDS was at first a mysterious epidemic that quietly swept away thousands of young gays in the US and Europe? Ryan Murphy (Nip / Tuck, Glee… ) returns with The Normal Heart, a powerful TV movie he directed and co-produced with Mark Ruffalo and Julia Roberts in the cast, which is about the developping of AIDS in the New York gay community of the early 1980’s. Adapted from the autobiographical play written by Larry Kramer in 1985, The Normal Heart received the Outstanding Television Movie Emmy Award in 2014.

More in English >> (Translation in progress, come bubble later)

Synopsis : En 1981, Ned Weeks (Mark Ruffalo), un écrivain new-yorkais homosexuel, perd brutalement un ami, mort du « cancer gay ». Il rencontre alors le Docteur Emma Brookner (Julia Roberts), seule spécialiste du virus à New York et  elle-même atteinte de la polio. Elle est impuissante face à cette épidémie incomprise et stigmatisée. Ned lance alors avec un groupe d’amis la Gay Men’s Health Crisis (GMHC) pour compenser la totale inertie des pouvoirs publics dans l’accompagnement des malades. Voyant ses proches tomber comme des mouches, Ned nourrit une colère grandissante contre l’inaction de tous : le maire de New York, la communauté gay, son frère avocat… Tous sauf son amoureux Félix (Matthew Bomer) qui contracte bientôt le virus.
The Normal Heart est un pavé dans la mare qui entremêle avec nuance l’humain et le politique, à tel point que le spectateur ne sait plus lequel des deux est coupable de l’hécatombe qui se joue. C’est là toute l’intelligence du film, qui parvient à défendre les propos ultra radicaux de son protagoniste et auteur sans jamais tomber dans le manichéisme (en n’évitant cependant pas la thèse du complot). Il en ressort un film bouleversant, articulé autour du personnage principal interprété par un superbe Mark Ruffalo, dont la rage est contrebalancée par sa douceur et sa sincérité, en dehors de tout cliché. Son personnage Ned Weeks défend la vie et l’amour par la violence des mots, mettant tous ses interlocuteurs face à leurs réalités jusqu’à les faire fuir. Juif marqué par le traumatisme de la Shoah, il va jusqu’à créer un parallèle entre les morts homosexuels du Sida et les morts juifs des camps de concentration. De son côté, le spectateur ne pourra pas éviter le parallèle avec le virus Ebola, à la vue de la réaction des diverses autorités politiques américaines, soulagées de voir que le Sida ne touche que la communauté homosexuelle
© Warner Bros
Tout au long du film, Ryan Murphy utilise des détails simples pour matérialiser le massif propos du film : qu’est-ce qu’une communauté qui voit ses membres tomber les uns après les autres sans réagir ? Quelle importance ont le mépris et l’humiliation subis quand la mort, déjà, nous touche ?
Un rouleau de cartes de visites froidement vidé au fur et à mesure du film, un réparateur de télévision qui refuse de rentrer dans la chambre d’un malade… Le propos est également porté dans l’intime à travers la belle et « normale » histoire que vit Ned avec Félix, le jeune et séduisant journaliste du New York Times, qui devient au cours du film un spectacle de déchéance vers la mort. Là aussi les idées de mise en scène ne manquent pas, à l’instar de l’image de Félix dans un miroir poli qui dédouble ses yeux et lui donne un visage de mutant lorsqu’il demande : « Tu as peur de m’embrasser ? Moi, j’ai peur que tu m’embrasses ». L’on pense ici au théâtre de Jean-Luc Lagarce (Juste la fin du monde [1990], Vagues souvenirs de l’année de la peste [1983], etc.) qui décrit l’intimité des débuts du Sida en France.
Sujet secondaire mais frappant, The Normal Heart montre une communauté homosexuelle qui a fait de sa sexualité intense et décousue une forme d’affirmation de soi. Selon un proche du héros qui refuse l’abstinence : « Tout le mouvement politique gay, c’est de baiser ». Or selon Ned Weeks : « Tant de sexe rend impossible de trouver l’amour ». Une question que Ryan Murphy illustre notamment par la jolie redondance des scènes de slows, plans d’ensemble en plongée intercalés dans le joyeux désordre des soirées disco.

On l’aura compris, le parcours de Ned Weeks se rapproche en tous points de celui de son créateur Larry Kramer (à l’exception de la relation amoureuse avec Félix). Ce dramaturge et écrivain est également le fondateur du mouvement Act Up qu’il a créé en 1987. Lors de son discours aux Emmy Awards (cf. vidéo plus bas), Ryan Murphy a confirmé l’objectif politique de son film, soit transmettre la rage de Larry Kramer et rassembler la jeunesse américaine autour du combat : « Nous allons (…) demander aux jeunes qui nous regardent de devenir des Larry Kramers, de trouver une cause à laquelle vous croyez, pour laquelle vous vous battrez, pour laquelle vous mourrez. »
Kramer lui-même se tenait aux côtés de Murphy : la prestance de ce vieil homme séropositif de 79 ans arborant une casquette Act Up était un plaidoyer à elle seule.

Marie D.

En savoir plus:
https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Normal_Heart
http://www.hbo.com/movies/the-normal-heart#/ (site officiel anglais)
– Disponible en DVD chez Warner Bros depuis le 3 décembre 2014

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Marie Deconinck

Marie Deconinck

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Comédienne franco-québécoise, scénariste à mes heures et surtout obsédée de cinéma, j'aime les oeuvres flamboyantes et hypersensibles (Terrence Malick, Leos Carax, Charlie Kaufman, Xavier Dolan, David Lynch, Les frères Coen, Coppola...).

Top 5 Cinéma : "Nos meilleures années" (2003),"The Tree of Life" (2011), "Fargo" (1996), "Apocalypse Now" (1979), "Les enfants du paradis" (1945), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004)
Marie Deconinck

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