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20 000 jours sur Terre (2014), le fantôme du paradis / 20,000 Days on Earth (2014), phantom of the paradise

Drôle d’objet cinématographique que cette journée, complètement mise en scène, au cours de laquelle on découvre plusieurs aspects de la vie de Nick Cave, jouant ici son propre rôle : 20 000 jours sur Terre de Iain Forsyth et Jane Pollard. Les cinéphiles qui attendent d’un documentaire une « prise directe avec le réel » seront déroutés, voire rebutés par les artifices qui relèvent habituellement de la fiction et qui font tout l’intérêt de ce film hors-normes.

This is a strange film object this one day, completely directed and in which we discover many aspects of the life of Nick Cave, playing his own part: 20,000 Days on Earth by Iain Forsyth et Jane Pollard. Film fans who expect from a documentary « to directly capture reality » will be confused or lost in front of these tricks usually used in fiction films but here make all the interest of this non-standard film.

More in English >> (Translation in progress, come bubble later)

Synopsis : 24 heures dans la vie de la célèbre rock star d’origine australienne Nick Cave. Une journée en apparence comme les autres, mais où les notions de réalité et de fiction finissent par se brouiller et s’entrelacer…

Le fantôme du paradis

© 2014 Pulse Films LTD
The British Film Insitute
Channel Four Television Corporation

Parmi les genres documentaires, celui du portrait – et particulièrement du portrait d’artiste – est périlleux. Bien souvent, le réalisateur est happé par son sujet, qui devient alors objet de fascination, ceci empêchant l’existence à l’écran d’un personnage plein et entier et barrant l’accès du spectateur à des émotions essentielles. Les exemples de portraits réussis sont peu nombreux – on peut rappeler l’excellent film d’Henri-Georges Clouzot, Le Mystère Picasso, Prix du Jury du Festival de Cannes en 1955 – et les cinéastes tirent mieux leur épingle du jeu en fictionnalisant la vie d’un personnage réel. La gamme des biopics est suffisamment étendue pour y trouver des films vraiment réussis, que les personnes transformées en personnages appartiennent au passé ou soient encore en vie. Car il s’agit bien de cela, d’une transformation, quasiment alchimique, d’une personne réelle en personnage pris au cœur d’un récit. De la réussite de cette alchimie dépend la réussite du film.

© 2014 Pulse Films LTD
The British Film Insitute
Channel Four Television Corporation

Le choix opéré par Iain Forsyth et Jane Pollard est audacieux, périlleux presque, mais magistralement réussi. « Nick ne sait pas jouer », dit avec humour la réalisatrice Jane Pollard, « mais il est brillant lorsqu’il est Nick Cave ». Les deux réalisateurs ont donc imaginé de toutes pièces une journée, à la fois ordinaire et extraordinaire, qui nous entraîne dans le quotidien de la rock star. Journée artificielle, puisque le tournage durera presque une année, mais journée cohérente où l’on découvre un véritable personnage, avec ses forces et ses failles, ses idéaux et ses doutes.

« À la fin du vingtième siècle, j’ai cessé d’être un humain », dit Nick Cave en voix-off au début du film. Nous voilà prévenus, on entre dans la fiction et cette accroche pour le moins étonnante nous attache d’emblée au personnage. Même si l’on ne connaît pas l’univers musical de Nick Cave, l’énigme de cette entrée en matière va nous pousser à entrer dans le mystère de la création de son œuvre. De la séance chez le célèbre psychanalyste Darian Leader aux trajets en voiture où l’habitacle se transforme en confessionnal, de la voix-off écrite en partie par Nick Cave lui-même – il est co-auteur du film – aux répétitions pour l’enregistrement de son album Push the Sky away, le film (re)construit petit à petit l’environnement d’un homme aux prises avec les forces de la vie et la nécessité de créer. La ville de Brighton, ses rues, ses docks, sa lumière…, tout est métamorphosé par la présence et la vision de la rock star.

La dramaturgie du film est très subtilement et habilement construite et révèle des moments de forte émotion quand Nick Cave se remémore sa rencontre avec Susie Bick qui deviendra son épouse, ou quand, vers la fin du film, on assiste à un concert. On accède à ce moment musical dans une sorte de présence totale, en empathie avec toutes les dimensions du personnage : l’être humain, l’artiste, l’amoureux de Susie, le père de ses enfants.

Rarement un documentaire aura permis d’approcher à ce point une personnalité vivante, qui habite, selon ses propres mots, dans « cet espace miroitant, où imagination et réalité se croisent, […] où tout l’amour, toutes les larmes et toutes les joies existent ». « C’est là que nous vivons », ajoute-t-il. Avec les outils du cinéma du réel, Iain Forsyth et Jane Pollard ont recréé un univers aussi dense que celui construit par Jim Jarmusch dans son dernier film, Only lovers left alive.

Olivier D.


En savoir plus :

http://carlottavod.com/20-000-jours-sur-terre (site officiel du distributeur)

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