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[CRITIQUE] “Un illustre inconnu” (2014) de Matthieu Delaporte

Après les succès public et critique de leur comédie Le Prénom (2 César en 2013), Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière s’essaient au drame à la frontière du thriller avec Un illustre inconnu. À l’image de François Ozon avec Une nouvelle amie (2014), ils questionnent l’identité et la paternité (thématiques déjà présente dans le choix du prénom de leur précédent film) dans un film très atypique. Impressions sur ce fascinant grand écart opéré par les deux auteurs.

Synopsis :

Agent immobilier, Sébastien Nicolas (Mathieu Kassovitz) a toujours rêvé d’être quelqu’un d’autre, alors il copie. Il observe, suit puis imite les gens qu’il rencontre. Un jour, il fait la rencontre, dans le cadre de son travail, d’un ancien violoniste virtuose, Henri de Montalte, qui vit retiré du monde depuis un grave accident qui lui a fait perdre l’usage de ses doigts. Fasciné par cet homme, Sébastien va peu à peu se glisser dans la vie puis la peau de cet homme.

La prouesse d’un acteur

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© Jean-Claude Lother

Mathieu Kassovitz est un mystificateur. Déjà, dans Un héros très discret (1996) de Jacques Audiard, il s’inventait une vie exemplaire de grand résistant durant la Seconde Guerre Mondiale. Dans Un illustre inconnu, il est un inconnu qui, au contact d’un homme célèbre, va devenir illustre. Prouesse d’un acteur qui interprète à la fois le modèle et sa copie, et ce même si au tournage, Kassovitz a interprété à la fois Sébastien et de Montalte.

Nous assistons à la fascinante métamorphose de cet homme ordinaire qui va jusqu’ à prendre d’usurper la vie de sa nouvelle identité quand il commence à remplacer Henri de Montalte auprès d’un enfant, Vincent (Diego Le Martret), dont le violoniste ignore l’existence. Ce faux va devenir de plus en plus vrai au contact de cet enfant avec une relation père-fils qui va se concrétiser non sans heurt. Car pour être autre, Sébastien a l’habitude d’imiter l’image que renvoie l’autre et non pas ce qu’ils sont vraiment. Il n’a aucune imagination. Atteint du trouble identitaire de la dépersonnalisation (“perte, par un sujet, du sentiment de sa propre réalité physique et mentale”, cf. Larousse), il a besoin de sources d’inspiration, de modèles identitaires pour exister. Ainsi, pour s’imprégner de son “rôle” de de Montalte, il l’observe mais regarde également des émissions télévisées pour apprendre par cœur des phrases prononcées par celui-ci mais aussi ses gestes, sa façon de tenir sa cigarette, sa façon de parler, etc..

Copier et créer son propre style

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© Jean-Claude Lother

Mais pour son “rôle” de père, il a aussi besoin de références. Problème : Henri de Montalte n’a pas d’enfant (ou du moins, il l’ignore) et donc aucun comportement référent dans ce cas-là pour Sébastien. C’est ce qui amène aux très amusantes scènes où on voit Sébastien regarder le début du film Superman (1978) – c’est une scène où les parents du futur Superman parlent à leur fils avant de l’envoyer sur Terre – puis le voir ensuite réciter par cœur les répliques du film à Vincent quelques jours après.

Évidemment, face à l’enfant, ces trucs habituels ne marchent plus, surtout qu’il s’attache à lui et que cette nouvelle identité va l’amrner plus loin que d’habitude avec la possibilité de former une famille avec Vincent et sa mère (Marie-Josée Croze). Il va continuer à se prendre au jeu et donc devoir peu à peu se détacher de son modèle pour s’inventer son propre Henri de Montalte. Quelqu’un a dit un jour que c’est copiant quelqu’un et en n’y arrivant pas que l’on crée son propre style. Et c’est ce qui va arriver à Sébastien : il va peu à peu aller à la rencontre de lui-même et devenir peut-être l’illustre inconnu annoncé par le titre du film. Mais ce long trajet ne se fera, bien évidemment, pas sans placer le personnage face à des choix décisifs et sans retour possible.

Un illustre inconnu,
un thriller étonnant et inhabituel

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© Jean-Claude Lother

Bref, si Un illustre inconnu met du temps à démarrer avant que Sébastien ne se plonge vraiment dans la peau du violoniste, le film devient très intéressant quand il aborde tout ce travail de mystification opéré par le personnage. L’imitation de Kassovitz d’Eric Caravaca jouant un lieutenant de police est notamment un des moments forts du film. Reste que comme souvent dans le cinéma français, on pourra regretter que Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière n’aient pas poussé plus loin leur concept. Reste le plaisir de regarder un thriller étonnant et inhabituel – dans les productions nationales, en tout cas -, emmené par un Mathieu Kassovitz dédoublé et loin d’être un illustre inconnu dans son domaine.

En savoir plus

  • Date de sortie France : 19/11/2014
  • Distribution France : Pathé Distribution
Jean-Christophe Nurbel
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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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