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« Quand vient la nuit » (2014), passage de témoin

En attendant l’uppercut cosmique que devrait représenter la sortie de Mad Max Fury Road, Tom Hardy continue bon an mal an à rouler sa bosse dans des films de haute volée et à s’imposer au firmament des acteurs sur lesquels il faudra désormais compter. Quand vient la nuit (The Drop) de Michael R. Roskam apportera t-il une pierre de plus à son glorieux édifice ?

Tom Hardy est à coup sûr un acteur qui pourrait sans problème nous convertir au sadomasochisme tant on aime se prendre des claques à chacune de ses interprétations, rares sont les acteurs qui, en si peu d’années, ont su se forger une filmographie aussi impressionnante, alternant à la fois grosses productions et films intimistes.

S’il est principalement connu pour ses seconds rôles où il a su imposer son physique d’armoire à glace notamment chez Christopher Nolan (Dark knight rises, Inception, il ne faudrait pas oublier toutes ces œuvres moins médiatisées où l’interprétation de ce véritable caméléon à la présence charismatique l’a à chaque fois emportée sur le reste, que ce soit dans La taupe (2011), Des hommes sans loi (2012), Warrior (2011) ou Bronson (2008) le film qui l’a révélé.

© D.R.

Au vu d’une année 2014 qui s’annonce faste – on l’a vu tenir à bout de bras le surprenant Locke, en attendant Child 44 -, la sortie de Quand vient la nuit, polar d’une noirceur assumée dans lequel Tom Hardy interprète un malfrat, avec Michael R. Roskam à la baguette et l’auteur Dennis Lehane (Mystic River, Shutter Island) au scénario, ne pouvait donner au spectateur qu’une seule envie, tendre un martinet vers l’écran et crier à qui veut l’entendre : « VAS-Y TOM, FAIS MOI MAL !!!! » … Hum, mais trêve d’égarement…

Loin du lyrisme d’un Martin Scorsese, le script de James Gandolfini, qui officie pour la première fois en tant que scénariste d’un long en adaptant une de ses nouvelles pour Quand vient la nuit, nous plonge d’emblée dans les bas fonds de Brooklyn et nous tisse le portrait d’une Amérique en pleine décrépitude.
Dans cette ville en perdition survivent comme ils le peuvent Bob Saginowski (Tom Hardy) et son cousin Marv (James Gandolfini), tous les deux tenanciers d’un boui-boui servant accessoirement de lieu de passage pour l’argent sale de la mafia et dont le braquage en début de métrage va entraîner des conséquences dramatiques et faire renaître quelques fantômes du passé.

© D.R.

Bien plus film de personnages que film d’action à proprement parler, Quand vient la nuit se sert de ce postulat alléchant, rappelant les meilleurs films noirs des années 50, pour nous tisser une galerie de protagonistes plus complexes les uns que les autres et qui essaient chacun à leur façon de trouver leur place dans ce monde ou l’homme restera définitivement un loup pour l’homme.
Nihiliste sans être démoralisant, le film délaisse parfois son intrigue principale pour proposer de beaux moments d’intimité, surtout entre les personnages de Noomi Rapace et Tom Hardy, prisonniers de ce monde de violence qui les entourent et qui les rendent incapables de s’avouer leur sentiments réciproques. En interprétant l’ex d’un truand qui n’aspire qu’à une vie tranquille, Noomi Rapace servira de catalyseur dans le choix final de Bob qui donne tout son sel au récit. Ces petits moments passés tous les deux – une rencontre autour d’un café, des courses au supermarché – permettront à Bob d’oublier ses vieux démons et d’enfin goûter à la normalité.

Pour son premier long-métrage outre-atlantique après le percutant et acclamé Bullhead (2011), le réalisateur belge Michael R. Roskam se met au service de son récit pour nous proposer une immersion et une identification totales.
Efficace et appliquée, tels pourraient être les deux mots qui colle le mieux à la mise en scène de Quand vient la nuit, pour le meilleur mais aussi pour le pire.
Car là est le principal reproche que l’on peut faire aux deux compères : si l’épée de Damoclès qui plane aux dessus des personnages principaux nous tient en haleine tout du long, l’ensemble manque quand même cruellement de folie et d’explosivité. Pourtant avec un tel cadre et un casting de la sorte le film n’y aurait en rien perdu de son intensité.

© D.R.

C’est comme si tous les ingrédients avaient été réunis pour donner le meilleur plat possible mais que le petit piment censé relever la sauce manquait à l’appel, un peu dommage quand on se souvient des méandres dans lesquelles nous avait entraîné Lehane avec Shutter Island (2010).
Difficile néanmoins de faire la fine bouche, le film noir étant un genre de moins en moins présent au cinéma, les aficionados ne pourront qu’y trouver leur compte dans cette histoire qui s’inscrit dans la droite lignée de la trilogie Pusher (1996) de Winding Refn.

Si l’on peut rester légèrement sur sa faim par rapport aux promesses que laissaient entrevoir l’affiche de Quand vient la nuit, on ne peut qu’être sensible devant la force dégagée par cette œuvre qui place l’humain et son devenir au centre de tout, surtout lorsque l’on sait qu’il s’agit de la dernière apparition de l’immense James Gandolfini qui donne une nouvelle fois une interprétation à la hauteur de sa renommée car servi par des partenaires d’exception. Avec évidemment Tom Hardy en tête. 

James Gandolfini/Tom Hardy, quelqu’un aurait-il prononcé le mot « héritage » ?

 

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 12/11/2014
  •  Distribution France : Twentieth Century Fox France

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