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LE MOIS DU CINEASTE – David Fincher / FILMMAKER’S MONTH – David Fincher

© Baldur Bragason
David Fincher est un nom qui compte aujourd’hui dans le cinéma et ce depuis quelques années déjà. Alors que son dixième long métrage Gone Girl, est en salle depuis quelques semaines, il était intéressant de se replonger dans la filmographie de ce cinéaste qu’on qualifie régulièrement de génie du septième art, rien que ça oui.

David Fincher is a major name today in cinema today and for the last few years. While his tenth feature film, Gone Girl, is in theaters since a few weeks, it was interesting to go back into the filmography of a director who is regularly called a film genius, no less so.

More in English >> (Translation in progress, come bubble later)

Travaillant sur les effets spéciaux de films comme Star Wars épisode IV ou encore Indiana Jones et le temple maudit, réalisateur de clips dans les années 80 (plus de 50, dont Vogue de Madonna pour citer l’un des plus connu), le premier long métrage de David Fincher est Alien 3 en 1992. Il est alors âgé de 30 ans. Avec un budget de 50 millions de dollars, succéder à Ridley Scott et à James Cameron, prendre la suite de cette franchise est un vrai challenge. Malgré un succès commercial et public – le film ne semble pas détester par les fans de la saga spatiale – David Fincher le renie pourtant. Le réalisateur ne participe pas par exemple à la réédition du film sur le coffret 9 DVD qui comporte ainsi une version longue, mais toujours pas de director’s cut. Les commentaires audio du directeur de la photo et de l’équipe témoignent du chaos que semblait être le tournage, notamment à cause de l’absence d’un scénario définitif. Néanmoins je n’écarte pas ce film de sa filmographie car il porte déjà des éléments clefs de son travail.

© 20th Century Fox
Alien 3 débute lorsque Ellen Ripley (Sigourney Weaver) arrive sur une planète prison, une sorte de cimetière en métal. Tout est usé, rouillé et en décrépitude. L’atmosphère est glauque et collante  mais il y a de l’esthétisme même dans cette destruction. On pourra retrouver cette atmosphère inquiétante, et ces signatures visuelles dans Seven ou même dans Fight Club par exemple. On note aussi un sens de la composition déjà très affirmée, avec des recherches d’angle (contre-plongée dans plusieurs scènes de « simple » dialogue).  Mais plus encore que l’aspect visuel, c’est au niveau de l’humeur générale que ce film est d’une certaine manière Fincher compatible. On peut en effet relever que la petite Newt (Carrie Henn) est morte dès le début du film. La fillette que Ripley a secouru et dont elle est devenue la mère de substitution, est le corps sur lequel est opéré une autopsie au début du film. Autre élément intéressant, la coupe de cheveux de Ripley. Elle est chauve et ne se distingue plus vraiment des autres détenus. Elle est presque privée de sa singularité, pour être mieux confondue avec des hommes qui sont loin d’être des anges : meurtriers, violeurs, ils tentent même de s’en prendre à Ripley. Pour résumer Alien 3 commence par la mort d’un des personnages principaux du précédent opus, la figure de la « action girl » est quasiment effacée (pour mémoire le combat avec l’exosquelette de la fin Aliens est l’une des scènes d’action les plus mémorables de la saga) et l’action se déroule dans une quasi décharge où habitent des rebuts de l’humanité qui pensent avoir trouvé la foi au fin fond de l’univers… Et pour conclure, le film se termine par la mort du personnage principal, ce qui en théorie ferme toute velléité de suite. Ça parait assez irréel, dit comme ça et pourtant c’est bien cette histoire que Fincher a racontée. C’est pour tous ces choix assez particuliers que le film témoigne déjà d’une certaine patte du réalisateur, notamment son envie d’éviter le conformisme, d’aller là où le spectateur sera un peu désarçonné. Cette volonté s’exprime de façon encore plus forte dans son film suivant Seven.
© Metropolitan Filmexport
David Fincher raconte qu’il avait arrêté la lecture du scénario écrit par Andrew Kevin Walker au bout de quelques pages, pensant avoir à faire à une classique histoire de jeune flic/vieux flic, ce qui ne l’intéressait pas. Son agent le pousse alors à aller au bout du script et deux éléments vont faire changer d’avis le réalisateur : le fait que John Doe (Kevin Spacey) se rende volontairement et bien sûr, la livraison d’une boîte en carton dans le désert. Entre-temps, il y a plusieurs versions du scénario, et ce dernier élément, notamment, a disparu. À force de persuasion, Fincher convainc le producteur de le laisser faire la version qu’il a aimée. Le réalisateur déclare ainsi que c’est le film dont on ne connaîtra pas forcément le titre quand il passera sur le câble dans vingt ou trente ans, mais dont on se rappellera la fin : « the head in the box movie » (commentaire audio). Mais au-delà de sa fin sombre, ce n’est pas tant cette violence là qui marque dans Seven. D’ailleurs, on n’assiste pas aux meurtres, et il y a finalement très peu de sang. Ce qui est singulier dans le film, c’est qu’on parle des crimes, qu’on cherche à comprendre leur signification. C’est de cette recherche de sens dans l’atroce que se dégage une grande violence, mais qui est plus psychologique que physique. Elle se révèle émotionnellement déstabilisante et traduit exactement ce que David Fincher recherche. Il avoue d’ailleurs, non sans malice (commentaire audio toujours), qu’il aime aller sur le terrain de l’inconfort, non par sadisme mais pour surprendre le spectateur pour le divertir.
Cette volonté se retrouve également dans The Game. Le réalisateur prend le spectateur à contre-pied en lui présentant un thriller et en livrant finalement l’un des plus beaux canulars du cinéma. La fin, là encore, était assez osée, et le risque de frustration, de perdre l’adhésion du spectateur, est présent. C’est comme dire : « en fait tout ça n’était qu’un rêve ». Ce genre de postulat est souvent un peu casse-gueule, parce que le spectateur peut avoir l’impression de s’être fait rouler. Mais le réalisateur évite cet écueil et réussit un retournement de situation aussi improbable que spectaculaire. Le film est un semi-échec commercial (budget de 50 millions de dollars et il en rapporte 109). Cela ne semble pas affecter David Fincher car il va pousser encore plus loin, et probablement à son paroxysme, cette recherche d’inattendu avec Fight Club
© 20th Century Fox

Ce qui étonne là encore dans ce film c’est le choix de raconter une histoire quasi nihiliste : celle d’un employé d’assurance (Edward Norton) qui se lie d’amitié avec vendeur de savon Tyler Durden (Brad Pitt) et créent un groupe d’anarchistes, dont le but est de mettre fin au système bancaire américain. Difficile de croire que, là encore, cette intrigue, s’inscrit dans l’économie d’un cinéma à gros budget : le film coûta 63 millions de dollars et n’en rapporta « que » 100. Fight Club est rempli de scènes bizarres, voire choquantes : la brûlure à la soude du personnage d’Edward Norton ; son combat ultra-violent avec Angel Face (Jared Leto) que le premier conclut en disant « j’avais envie de détruire quelque chose de beau » après avoir mis le second en pièce ; le moment où le personnage d’Edward Norton se passe à tabac, seul, dans le bureau de son chef ; etc.. Rien dans les thèmes du film, ni sa rhétorique, ni sa fin, ne sont décelables sous le simple pitch : Fight Club, c’est l’histoire d’hommes qui créent un cercle de combats clandestins pour se sentir vivants. On avance dans un univers ressemblant à celui qu’on connaît, et pourtant on nous le dévoile sous un angle bien plus cynique et dérangeant. Il y a dans Fight Club cette étrange réalité presque banale et pourtant subversive.

Cette constante recherche de l’imprévisibilité dans les histoires qu’il choisit est vraiment ce qui marque dans le cinéma de David Fincher. On le retrouve dans la non happy end pour le personnage de Forest Whitaker dans Panic Room, dans la non-résolution de l’enquête criminelle dans Zodiac, dans la tristesse du couple de L’Étrange histoire de Benjamin Button – où Benjamin Button (Brad Pitt), redevenu enfant, ne se souvient plus de l’amour de sa vie, Daisy (Cate Blanchett) -, dans l’ironie d’un homme qui crée le plus grand réseau social du monde mais qui semble avoir si peu d’ami (The Social Network), dans Millénium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes où le film se termine par la déception de Lisbeth Salander (Rooney Mara) qui voit son amoureux Mikael Blomkvist (Daniel Craig) retourné avec son ex compagne, ou encore dans la représentation acide d’un couple de la classe moyenne américaine dans Gone Girl.


© 20th Century Fox
On cite souvent le talent visuel de David Fincher et c’est sans conteste l’un des meilleurs aujourd’hui. Il suffit de regarder le premier plan de Fight Club ou le générique complètement fou de Millénium pour s’en convaincre très rapidement. David Fincher est comme le fils spirituel d’Alfred Hitchcock et de Stanley Kubrick à qui on aurait donné des nouveaux outils. Et même si entre Aliens 3 et Gone Girl, le réalisateur rend sa mise en scène de plus en plus discrète, c’est certain, il reste dans tous ses films la même tonalité, une même amertume, car rien ne se termine comme on pouvait l’espérer. Il n’y a pas de schéma classique facilement reconnaissable. À l’heure où certains films sont aussi vite vus qu’ils sont oubliés, avoir des cinéastes comme lui, qui joue avec les attentes des spectateurs, quitte à les mettre mal à l’aise, est quelque chose de précieux.

Maurice


En savoir plus :
Bulles de Culture – Le Mois du Cinéaste
http://www.imdb.com/name/nm0000399/?ref_=nv_sr_1
http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Fincher

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