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[DVD] Epilogue (2012), le crépuscule d’une génération / the twilight of a generation

Epilogue (חיותה וברל) est un récit hommage aux militants fondateurs d’Israël devenus vieux, précaires et incompris. Premier long métrage du réalisateur israélien Amir Manor, Epilogue a été sélectionné dans plusieurs festivals.

The story of Epilogue (חיותה וברל) is a tribute to Israel’s founding activists who became old, precarious and misunderstood. First feature film by Israeli director Amir Manor, Epilogue was selected in several festivals.

More in English >> (Translation in progress, come bubble later)

Synopsis : Une journée presque ordinaire de Hayuta (Rivka Gur) et Berl (Yosef Carmon), un couple âgé de militants du Parti Travailliste israélien ayant œuvré à la fondation de leur État. Minute après minute, ils portent le poids de la vieillesse et de la pauvreté, et constatent leur déphasage par rapport à des institutions et une jeunesse qu’ils ont accouchées.
Sobre et sensible, Epilogue impressionne par le nombre de questions qu’il soulève tant d’un point de vue humain que politique. Il met à l’épreuve l’amour, l’espoir et la dignité en fin de vie à travers un couple d’éternels militants, dont on se demande si leur descendance les a abandonnés. Une façon de faire le point sur ce qu’il reste des idéaux des fondateurs de la gauche israélienne – les sionistes travaillistes menés à l’époque par Ben Gourion.

Yosef Carmon et Rivka Gur livrent une interprétation sensible de ce couple qui se sent disparaitre. Les regards et les corps fragiles sont magnifiquement éclairés : presque jamais de face, privilégiant des jeux d’ombres et de lumières, comme pour préserver l’intimité, la dignité des protagonistes. À de rares moments-clés, le regard est mis à jour, plongeant brusquement le spectateur dans l’intériorité de l’un d’entre eux.
© Sophie Dulac 2014
Le réalisateur Amir Manor déroule le contenu de la journée selon un rythme lent et quasi invariable. La caméra, fixe ou en travelling horizontal, suit les mouvements laborieux de Hayuta et Berl et leurs déplacements dans la ville de Tel Aviv. Un seul mouvement de caméra vertical dans le film : celui qui le long de l’escalier de l’immeuble, illustre le poids du quotidien. La lenteur du rythme et la sobriété du cadre donnent une importance à chaque mouvement, comme si le spectateur devait lui aussi le porter. D’aucuns diront qu’Epilogue est un film monotone… On dira que ce ronronnement laborieux sert son propos. On préconisera cependant d’être un tant soit peu intéressé par le propos en question pour s’y plonger…
Car le portait humain soulève des enjeux politiques forts. Révolté par la pauvreté omniprésente et les services publics défaillants, Berl refuse de délaisser le combat travailliste. Contre vents et marées, il tente de fonder une pathétique organisation de solidarité pour venir en aide à la précarité, alors que ses interlocuteurs pensent à leurs ambitions politiques ou à leurs déductions fiscales.
Pour Hayuta, le combat est devenu vain : l’héritage de la gauche israélienne a été piétiné par le capitalisme et les années de pouvoir de la droite. En montrant les interactions de chacun d’entre eux avec de jeunes adultes israéliens – un loueur de vêtements “hypes”, un agent de la Sécurité Sociale, un alcoolique errant, leur fils émigré… -, Amir Manor dresse un état des lieux de la solidarité, vestige des idéaux de la gauche des fondateurs. 
© Sophie Dulac 2014
En bonus du DVD d’Epilogue, vous pourrez voir Ruin, un court-métrage assez violent et énigmatique qui confirme les talents de directeur d’acteurs d’Amir Manor, ainsi que des scènes coupées intéressantes, parmi lesquelles on découvre une fin alternative
Finalement, Epilogue évite avec sensibilité les écueils d’un premier film en livrant une œuvre simple dans sa structure narrative et son traitement, qui donne à voir de l’humain et soulève de riches questions. Le pari est donc réussi, au prix d’une certaine austérité. Espérons que ce réalisateur prometteur saura transformer l’essai et confirmer sa place parmi la jeune génération de réalisateurs israéliens. 
Marie D.
En savoir plus :
– Disponible en DVD chez Blaq Out à partir du 2 décembre 2014 (avec en suppléments Ruin, moyen métrage d’Amir Manor, et six scènes coupées) : http://boutique.blaqout.com/collections/nouveautes/products/epilogue

Marie Deconinck

Marie Deconinck

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Comédienne franco-québécoise, scénariste à mes heures et surtout obsédée de cinéma, j'aime les oeuvres flamboyantes et hypersensibles (Terrence Malick, Leos Carax, Charlie Kaufman, Xavier Dolan, David Lynch, Les frères Coen, Coppola...).

Top 5 Cinéma : "Nos meilleures années" (2003),"The Tree of Life" (2011), "Fargo" (1996), "Apocalypse Now" (1979), "Les enfants du paradis" (1945), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004)
Marie Deconinck

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