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[Critique] « Enemy » (2013) : être face à son double

Devenu célèbre grâce à Incendies (2010), qui a remporté l’Oscar du Meilleur film étranger, le réalisateur Denis Villeneuve revient avec son nouveau film, Enemy. Pour ce faire, il filme à nouveau dans un rôle-titre l’acteur Jake Gyllenhaal, juste après Prisoners (2013), en le confrontant cette fois-ci à un délire schizophrénique. L’avis et la critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

Adam (Jake Gyllenhaal) est un professeur timide. Il mène avec Mary (Mélanie Laurent) une histoire d’amour platonique mais frustrante. Un jour, en regardant un film, il découvre qu’un acteur, Anthony, a exactement le même visage que lui. Adam part à la rencontre de ce comédien et de sa mystérieuse femme enceinte (Sarah Gadon). Cependant, il va tomber dans un traquenard identitaire engendrant des sacrifices.

Enemy : une nouvelle œuvre singulière de Denis Villeneuve

Dès l’ouverture du film Enemy, on reconnaît la pâte singulière du réalisateur qui s’amuse à jouer avec les émotions de spectateur. Une phrase est lâchée en introduction : « Le chaos est un ordre qui n’aurait pas été déchiffré ». C’est une sorte de dogme immergé dans cet univers de fiction.

À l’image, une réunion sectaire a lieu durant laquelle des femmes, avec des têtes d’aranéides, jouent sensuellement avec une mygale. Comme dans sa précédente filmographie, le mystère Villeneuve est bien présent. Il est renforcé ici par l’incursion du fantastique,  rendant à cette œuvre une dimension très personnelle. Aussi, les nombreuses énigmes distillées tout au long du film ne trouvent pas forcément de réponses formelles. Il faut plutôt axer sa réflexion sur la métaphore filée d’un état de malaise pour les deux protagonistes, Adam et Anthony. Il est très fortement ressenti grâce notamment à un thème musical utilisant à plusieurs moments des fortes percussions, façon d’accroitre cette intensité dramatique.

Un film plus intimiste

Adam est pourtant un personnage routinier. Le réalisateur le montre en filmant un cycle répétitif de scènes de cours à l’université puis de scènes prises dans son intimité, notamment ses moments de sexe avec Mary. Le protagoniste, comme le spectateur, se sent alors piégé dans ce quotidien pesant. Aussi, l’arrivée d’Anthony va casser ce confort de vie. Il y a alors une remise en cause de son identité. La thématique de l’araignée est également le fil rouge de cette œuvre. Elle tisse sa toile sur tous les plans : les vues aériennes, le pare-brise d’une voiture… Elle représente le symbole d’une femme forte et castratrice qui est unique, contrairement à l’homme qui lui est multiple et remplaçable. Pour symboliser cette dichotomie entre les deux sexes, il fallait trouver des actrices charismatiques. Mélanie Laurent et Sarah Gadon assurent. Elles se répondent en axant respectivement leur jeu d’une part sur les blessures d’un amour monotone et d’autre part sur la manipulation dans la vie de couple. Jake Gyllenhaal est quand à lui ce colosse fragile qui se confronte admirablement bien à ces déesses de l’enfer.

Aussi, avec Enemy, Denis Villeneuve livre ici son œuvre la plus intimiste. Moins rythmée que ses précédentes réalisations, celle-ci distille cependant une froideur et une intensité inégalée.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 27/08/2014
  • Distribution France : Condor Distribution

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.

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Antoine Corte

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