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♥ [CRITIQUE] « Le conte de la Princesse Kaguya » (2013), le règne de la lumière

Nouvelle merveille des célèbres Studios Ghibli, Le conte de la Princesse Kaguya (かぐや姫の物語, 2013) de Isao Takahata revisite avec brio un conte japonais ancestral, celui d’une princesse née dans un bambou…

Synopsis :

Dans le Japon rural du Xe siècle, un coupeur de bambous trouve une minuscule princesse dans l’une des tiges de sa récolte. Croyant à un don du ciel, il la ramène chez lui. La princesse se mue rapidement en un bébé à la croissance exceptionnelle : le coupeur et sa femme deviennent ainsi les parents adoptifs d’une superbe petite fille, surnommée « pousse de bambou » par les enfants des villageois alentour. Et, le moins qu’on puisse dire, c’est que la princesse est l’aubaine du siècle. Depuis ce premier miracle, le coupeur de bambous ne cesse de trouver des pépites d’or dans ses récoltes.

Une nature sémillante, luminescente, grandiose

 

Du surnom de la princesse jusqu’à la profession de son père d’adoption, le paysage cinématographique imaginé par Isao Takahata dans Le conte de la Princesse Kaguya n’a de cesse que d’évoquer une nature sémillante, luminescente, grandiose. Et cette végétation exubérante, éclatant dans un printemps sublime, ne pousse pas seulement dans le trait de Takahata. Sons d’oiseaux, d’insectes, de ruisseaux viennent emplir l’espace filmique, créant ainsi une éblouissante cinesthésie.

Éblouissante, car l’image d’animation en 2D ne retire rien à la sensation prégnante de réalité que nous propose ici Takahata. C’est même l’inverse : la simplicité du trait aux allures de croquis laisse à l’esprit la liberté nécessaire pour épouser l’univers onirique et sensoriel de la princesse Kaguya. Ce fatras de nature grandiloquente et protéiforme est à son image : irrévérencieux, imprévisible, énergique.

« Tourne et fais venir le soleil /Oiseaux, insectes, bêtes sauvages /Herbes, arbres, fleurs… » Sans savoir pourquoi ni comment, la princesse connaît depuis sa naissance les vers invoquant une faune et une flore qui l’habitent tout entière. Comme si, en des temps immémoriaux, lui avait été confiée la mission de réconcilier l’organique et l’humain.

Un patriarcat sclérosant

 

Le conte de la Princesse Kaguya image 1
 © The Walt Disney Company France

Lorsque son père décide de l’envoyer dans la capitale, « parce qu’une princesse ne vit pas dans les montagnes », la situation se renverse. Tant qu’elle vivait dans la nature, le quotidien de la princesse n’était pas conditionné par des notions de genre ou de classe.

À la nature omniprésente dans Le conte de la Princesse Kaguya se substitue bientôt un patriarcat sclérosant. On interdit à la princesse de jouer, de courir et de chanter. Plutôt, elle devra faire son éducation pour devenir une jeune femme au port de tête gracile, estampe irréprochable des valeurs du Japon traditionnel. Si Kaguya se plie à ces traditions débilitantes, c’est surtout pour faire plaisir à son père, qui s’est toujours assuré qu’elle ne manquait de rien.

Maligne, elle va tourner ces contraintes à son avantage. Aux prétendants qui se pressent à sa porte et hurlent à la lune sa beauté que l’on dit sans pareille, elle répond avec déférence qu’ils devront chacun lui apporter les trésors inestimables auxquels ils la comparent. Histoire de gagner du temps sans contrarier son paternel, au bord de l’attaque à chacune de ses frasques.

Une palette chromatique soudainement
beaucoup plus sombre et minimale

 

Dans cette cage dorée, les contraintes de convenances et d’attitudes font paradoxalement sa force. Pour souligner l’écart entre ruralité et urbanité, Isao Takahata plonge la princesse dans une palette chromatique beaucoup plus sombre et minimale.

Le conte de la Princesse Kaguya image 2
 © The Walt Disney Company France

Le palais est dominé par des teintes d’ocre et de noir, en contraste avec les camaïeux de vert qui donnaient toute leur excentricité aux scènes de nature de son enfance. Le trait de Takahata se noircit comme un regard trop dur, se déconstruit pour devenir trace. Comme dans cette scène où la princesse entre dans une rage folle et sort en trombe du palais, tout son corps poussé par une force qui la transforme en nœud aux traits à peine reconnaissables, mais à la violence inouïe.

Le conte de la Princesse Kaguya image 3
 © The Walt Disney Company France

Étouffée par la stupidité des hommes et désespérant de revoir un jour la nature qu’elle adore, la princesse décide bientôt de retourner d’où elle est venue. Comprendre : la lune. Car cet être à la beauté et à l’intelligence rares n’a jamais été de notre monde. Pourtant, juste avant que les êtres de la lune l’extirpent de la terre, un dernier sursaut l’anime.

Malgré le poids des convenances et les excentricités de son parvenu de père, elle s’était rêvée humaine et regrette maintenant l’émerveillement qu’elle avait connu au sein de la nature luxuriante. Là était l’essence de son existence, dans la sensation organique, dans la souffrance aussi, dans la pleine connaissance d’émotions riches. Vouée à connaître l’oubli une fois sur la lune, la princesse pleure cette souffrance dont elle comprend maintenant qu’elle était garante de son humanité.

Le conte de la Princesse Kaguya :
Pour un développement (plus) durable du Japon

 

L’homme est là : dans toutes ses contradictions, magnifique dans sa peur de l’oubli, dans son souci des convenances. Dans sa propension à faire des erreurs, surtout.

Alors que les femmes japonaises commencent doucement à se libérer du joug d’une société pensée par et pour des hommes,  la sortie de ce film en 2014 ne semble pas être un hasard. Mais Isao Takahata évoque plutôt au sujet du film une réflexion sur la solidarité entre les êtres humains et la Terre.

Une réflexion qu’il articule au Tsunami qui a décimé le Japon le 11 mars 2011, faisant plus de 16000 morts, et provoquant une contamination radioactive sans précédent après l’explosion de la centrale Fukushima.

À ce titre, le film est un travail de mémoire : Isao Takahata insuffle ici l’espoir de voir le Japon sortir de la course aux innovations industrielles au profit d’un développement (plus) durable du pays.

 

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 25/06/2014
  • Distribution France : The Walt Disney Company France
  • Film à partir de 8 ans

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Un commentaire

  1. C'est évoqué dans un paragraphe de l'article mais j'ai beaucoup aimé le fait que le film reprenne l'ancienne animation 2D où seuls quelques éléments de l'image faisait se mouvoir les arrière-plans immobiles, garants d'une sollicitation constante de notre imaginaire.

    Un très beau film.

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