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Les Poings contre les murs - affiche

Les Poings contre les murs (2013), au nom du fils

 
Le film carcéral, ou film de prison, devenu au fil des années un genre en soi, est par essence le plus difficile à renouveler. De par son unité de temps et d’espace très restreinte, il oblige les réalisateurs et scénaristes à faire tourner la boîte à idées à plein régime pour ne pas tomber dans certaines conventions et lieux communs voulus parfois par le spectateur avide de sensations fortes. Notre avis sur Les Poings contre les murs (Starred Up) de David MacKenzie. 

D’Alan Parker à Jacques Audiard, en passant par la série  OZ  qui, durant 6 saisons explora en long, en large… et en profondeur (oui elle était facile) les fondements de tous les codes connus (luttes de gangs, conflits interraciaux, relations sexuelles non consentantes) et encore utilisés de nos jours, quasiment chaque pays peut se targuer d’avoir son petit film de tôle à lui. Il reste l’un des meilleurs mediums cinématographiques permettant de brosser le portrait d’une société en nous parlant de ceux qui en ont été mis au ban.

On pouvait donc légitimement se demander par quels moyens le réalisateur David MacKenzie, dont le film le plus connu jusqu’alors est  Toy boy , avec l’ex-amateur de cougars Ashton Kutcher, allait pouvoir imposer une nouvelle vision qui tiendrait la comparaison avec ses glorieux prédécesseurs…

 La réponse tient en deux mots : les personnages, car s’il ne révolutionne pas le film de prison de par sa mise en scène ou sa narration, MacKenzie nous tisse une galerie de personnages rarement vus auparavant, à commencer par le jeune Eric Love, protagoniste principal du film.

Là où 90% des réalisateurs aborderaient l’introduction d’un nouveau prisonnier dans le système pénitentiaire et l’urgence que celui-ci aurait pour en apprendre tous les codes et fonctionnements, seuls moyens de survie, MacKenzie nous prend à rebrousse poil dès les cinq premières minutes en nous présentant un Eric nullement intimidé par rapport au monde qui l’entoure et parfaitement aguerri au système carcéral.
Le garçon rompu aux geôles depuis ses 10 ans, se fabrique d’emblée une arme et est bien décidé à ne pas se laisser marcher sur les pieds ; une détermination matinée d’insouciance qui en dernier lieu risque de lui être fatale, car dans cette prison où le moindre regard de travers et mot mal placé est synonyme de condamnation à mort, le jeune Eric ne fait aucune différence entre la prison pour mineurs qu’il vient juste de quitter et celle des adultes. Son père, incarcéré également, a très bien compris la situation et va tout faire pour le sortir de cette spirale de violence grâce à un programme de gestion de la colère.

Dans un univers qui n’accepte pas les sentiments exacerbés, l’ambivalence de la relation père/fils est fascinante à plus d’un titre, entre l’acharnement de ce père qui, constatant l’échec de sa propre vie, veut trouver une rédemption en protégeant la dernière chose qui compte à ses yeux ; et le comportement d’Eric qui, voulant être digne de lui, s’enferme dans cette ultra violence ; on se rend compte que nous assistons à bien plus qu’un film de prison.
Même si le film est violent de par son traitement réaliste des conditions de la vie en prison et brutal dans ses scènes de bagarre  Les Poings contre les murs  est avant tout un drame familial, l’un des plus poignants que l’on ait vu ces dernières années, il nous rappelle par moments cette relation entre Mads Mikkelsen et Leif Silvester Petersen dans le deuxième volet de Pusher.

Loin d’en faire de simples figures monolithiques MacKenzie explore avec brio les failles de ses personnages, les regards et les non-dits comptent énormément, surtout dans l’impossibilité par fierté qu’ont le père et le fils de se dire au fond ces simples mots : « Je t’aime ». Ces scènes apportent au récit tout son sel et prennent par moments le spectateur aux tripes.

 Les seconds rôles ne sont pas en reste non plus, évidemment une galerie de personnages aussi complexe se devait d’avoir un casting impeccable, et il l’est. Rupert Friend est excellent en psychologue désabusé essayant vainement de trouver un sens à la vie de ces prisonniers souvent condamnés à perpétuité, comme pour donner un sens à la sienne.
Le film ne manque pas d’aligner une série de gueules toutes plus burinées les unes que les autres au regard de cocotes-minutes prêtes à exploser. Du directeur de la prison sadique, au parrain local, le danger peut venir de partout, plongeant le spectateur dans une tension extrême.

 
 

Mais surtout  Les Poings contre les murs  permet de donner (enfin) l’occasion à Jack O’Connell d’exploser à l’écran dans un rôle principal.

Monstre de charisme capable de passer d’une émotion à l’autre d’un simple roulement d’yeux, celui qui fut révélé par le tétanisant  Eden Lake  nous embarque dans sa folie destructrice avec une telle maestria, qu’il prouve qu’à 23 ans, il a largement les épaules pour tenir un film à lui tout seul, et s’inscrit dans la lignée d’un Tom Hardy ou Tahar Rahim, eux aussi révélés par des films de prison. Après nous avoir bluffé par les nombreux face à face entre lui et son père, incarné par l’impressionnant Ben Mendelsohn, on ne saurait que trop conseiller aux producteurs de laisser de plus en plus sa chance à cet acteur qui fait clairement partie de l’un des meilleurs de sa génération, si ce n’est le meilleur.

 

Si l’on aurait aimé se prendre une claque cinématographique de la même force que Jack O’Connell envoie valser les coups de poings, il faudra malheureusement attendre encore un peu, mais ne boudons pas notre plaisir face à ce film honnête et rempli d’humanité, deux qualités qui manquent cruellement à notre monde d’aujourd’hui.

 

En savoir plus :
– http://www.le-pacte.com/france/prochainement/detail/les-poings-contre-les-murs/ (site officiel)

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