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#CANNES 2014 – Deux jours, une nuit (2014), le cercle et la ligne / the circle and the line

© Christine Plenus
Le dernier film des frères Dardenne, qui a été présenté à Cannes en compétition officielle le 20 mai dernier, aura décidemment marqué les critiques. Après Rosetta (1999) et L’Enfant (2005), seront-ils les premiers réalisateurs a décroché une troisième Palme d’or avec Deux jours, une nuit ? Retour sur un film réussi à travers la figure du cercle et de la ligne. Attention si vous n’avez pas vu le film, certains éléments risquent de vous être révélés.

The latest film by the Dardenne brothers, which was presented in the official competition at Cannes on May 20, has really impressed the critics. After Rosetta (1999) and The Child (2005), will they be the first filmmakers to win a third Palme d’Or with Two days, one night? Let us take another look at a successful movie through the figure of the circle and the line. Beware if you have not seen the movie, some elements could be revealed.

More in English >>(Translation in progress, come back later)

L’histoire, comme souvent chez les Dardenne, est simple. Sandra (Marion Cotillard) a deux jours pour persuader ses collègues de Solwal, une usine de fabrication de panneaux solaires, de renoncer à leur prime pour qu’elle puisse conserver son emploi. Son patron, un certain Dumont (Baptiste Sornin), n’a pas les moyens de conserver un poste et d’offrir à chaque employé la prime de mille euros qu’il mérite. C’est pourquoi il choisit de déshabiller Paul pour habiller Jacques, en transformant une décision arbitraire et immorale en vote démocratique. Lorsqu’il apprend que le vote a été influencé par le contremaître de l’usine qui aurait fait peser les voix des employés en faveur du licenciement de Sandra, Dumont accepte de l’annuler et de le recommencer. La roue tourne pour la jeune femme. Son mari, Manu (Fabrizio Rongione), l’enjoint à se battre, à aller voir ses collègues un par un et leur parler avec le cœur. Mais comment persuader les autres de sa valeur si l’on ne s’aime pas soi-même ?

© Christine Plenus

Car c’est là la pierre d’achoppement du problème : Sandra sort d’une lourde dépression qui a contribué à l’évincer de l’équipe. Maintenant, elle renvoie l’image d’une malade, d’une faible, d’un fardeau même. C’est ce fardeau émotionnel qu’elle traine tout au long du film, de maison en maison, alors qu’elle tente de convaincre ses collègues un par un. A chacun, Sandra raconte la même histoire : elle sait que le contremaître les a montés contre elle, elle comprend que ce soit dur de renoncer à sa prime, mais elle, elle a besoin de son salaire, aussi. Avec cette explication en kit qu’elle donne à chacun d’eux, de manière systématique, le film se déploie sur le mode de la répétition, de la litanie. Du cercle. Celui-là même que l’on attribue à la dépression, lorsqu’il se fait vicieux. Le discours de Sandra est celui d’un personnage presque déjà mort, encroûté dans un sentiment tenace de défaite. Ce mode restreint d’émotions, ce personnage qui vit son existence en vase clos, va se heurter dans sa quête à des êtres fêlés, animés de conflits moraux et de désirs contradictoires. La honte, la peur, l’avidité, la violence, le déni. La peur. La peur d’un contremaitre manipulateur qui monte ses employés les uns contre les autres pour asseoir son autorité. Parce qu’elle se heurte à des émotions dont elle a perdu la saveur, Sandra retrouvera la pleine mesure des siennes. Pour remplacer les crises de larmes par des sourires solaires. Comme dans cette scène de voiture où elle laisse les notes vibrantes de La nuit n’en finit plus de Petula Clark la remplir, en montant le son. Se laisser remplir par la musique, c’est déjà dire : « Regarde, je n’ai plus peur de souffrir ».

Dans Deux jours, Une nuit, deux figures de géométrie s’affrontent : le cercle et la ligne. Sandra tourne en rond car les désirs qu’elle croit les siens sont en réalité projetés par d’autres, sur elle. C’est Juliette (Catherine Salée), sa collègue, qui l’amène à contester le vote, c’est son mari qui l’exhorte à se battre pour sa place. Lorsque Sandra vient, d’une voix robotique et blanche, susciter chez ses collègues des émotions qu’elle n’a plus, c’est toujours la même réaction qui s’oppose à son discours. Une certaine réticence à laisser tomber des projets que l’argent de la prime permettrait de réaliser. Leur vie est une ligne où l’insatisfaction du moment présent amène à avancer toujours plus loin vers l’ambition qui les anime. Etre « animé », c’est précisément ce qui manque à Sandra. Dans Sculpting in Time : Reflections on the cinema, Tarkovski parle d’un cinéma capable de représenter la matérialité du temps à l’écran, de le laisser s’étendre. Avec Deux Jours, Une Nuit, les frères Dardenne réussissent l’exploit de transformer le cercle en courbe ascendante, de faire du temps une matière souple.

« On s’est bien battus », c’est l’une des toutes dernières répliques de Sandra à son mari dans le film. Résolution d’un paradoxe : Sandra se croyait guérie en revenant au travail, elle le sera vraiment en acceptant son licenciement comme une seconde chance. Cette note d’espoir, c’est une route droite qui mène au delà de la peur de soi, tantôt écrasée à coups de Xanax. 

Marine J.

En savoir :
CINEMA: #CANNES2014, #BullesIN/#BullesOFF #05 – Le goût de Palme d’or / The taste of Palme d’or
http://diaphana.fr/film/deux-jours-une-nuit (site officiel)
nos chroniques cannoises : http://www.bullesdeculture.com/search/label/Festival%20de%20Cannes

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