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CINEMA : Les faits divers au cinéma / News items in cinema

La Marche, EuropaCorp Distribution
Libéré de prison grâce à la panne d’un fax, un navire fantôme remplit de rats cannibales en direction des côtes anglaises, acquittée pour l’assassinat de son compagnon coupé en deux… En ouvrant quotidiennement le journal,  on y trouve autant d’articles que de sources d’inspiration pour de futurs films. Les faits divers sont en effet une réelle aubaine pour les scénaristes qui s’inspirent de l’actualité pour nourrir le cinéma. Cependant, est-ce une bonne idée d’adapter ces faits réels à l’écran ?

Released from prison due to the failure of a fax, a ghost ship full of cannibals rats go the English coast, a woman acquitted for having cut in two her companion… By opening the newspaper every day, there are as many items as sources of inspiration for future films. News items are indeed a real boon for writers who are inspired by current events to feed the cinema. However, is it a good idea to adapt these real facts on the screen?

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Qu’est qu’un fait divers ?

Lorsqu’on s’intéresse aux faits divers, il faut d’abord en comprendre les contours. Or, il est difficile de définir précisément cette notion. Qualifiée « d’évènement sans portée générale qui appartient à la vie quotidienne » par le dictionnaire, elle amène à se poser la question si World Trade Center (Olivier Stone), Présumé coupable (Vincent Garencq) sur l’affaire d’Outreau, ou la future adaptation de l’affaire DSK sont des faits divers tant l’évènement a eu un impact considérable sur la société et ne peut être ainsi relégué en information de second plan. Le Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information (CLEMI) donne une définition par la négative. Pour cet organisme, le fait divers est un évènement plus ou moins important « qui ne relève ni de l’actualité mondiale, ni de la politique, ni de l’économie ». Cette vision est intéressante car concentrée sur la temporalité de l’évènement qui peut glisser du statut d’actualité brûlante à celui de simple fait divers. Ainsi, on pourrait faire rentrer dans cette catégorie des œuvres relatant un fait historique important, comme Pompéi (Paul W.S. Anderson) sur la tragique éruption du volcan italien qui a causé la disparition de toute une ville lors de l’Antiquité.

Présumé Coupable, Mars Distribution

Cette vision, un brin provocante, s’écarte cependant du concept de fait divers au cinéma qui dispose finalement d’une définition propre, détachée de toute notion journalistique. Le fait divers cinématographique est un drame. De ce fait, Intouchables (Eric Toledano et Olivier Nakache), tiré pourtant de fait réel, ne pourrait rejoindre cette catégorie de part son traitement humoristique. De plus, il traite une information très connue et récente. Surtout, le fait divers a le mérite d’être unique, inattendu et capable d’entrainer des débats de société. Violent ou transgressif, il aguiche les curiosités. Nombreux sont les exemples. Rien qu’en 2014, on attend Avis de tempête (Christophe Barratier) relatant l’affaire Kerviel ou encore La Traque de Guy Georges (Frédéric Tellier).

Film de fait-divers : contrepied du biopic
Le film de fait-divers est à distinguer du biopic. Alors que le premier s’attache davantage à l’histoire, le second est consacré à la vie d’une personne. Le genre « biopic » a été très en vogue ces derniers années dans l’industrie cinématographique avec de beaux succès d’estime, comme La Môme (Olivier Dahan) qui a valu à Marion Cotillard son oscar de la meilleure actrice pour son interprétation d’Edith Piaf , Mesrine (Jean-François Richet) ou encore Cloclo (Florent Emilio Siri).

Grace de Monca, Square One/ Universum

Cependant, il semble que l’ère du biopic soit désormais révolue, du moins au niveau marketing. De ce fait, les distributeurs apportent une confusion des genres en souhaitant vendre leurs biopics comme un film de fait divers. Quel intérêt ? Le spectateur sait qu’il ne va plus voir la totalité de la vie de M. X ou Mme Y mais que le propos du film est concentré sur les aspects les plus intéressants. Oubliez la naissance et la carrière d’actrice de Grace de Monaco, le prochain film d’Olivier Dahan annonce revenir sur la seule période d’incertitudes lorsque, de son rocher, la jeune princesse est tiraillée par ses envies de cinéma voulant délaisser la couronne. Yves Saint Laurent (Jalil Lespert) ne souhaite pas aborder la déchéance artistique du créateur mais préfère le dépeindre dans son ascension, avec un Pierre Bergé omniprésent. Aussi, il semble que cette séparation du genre fait-divers/ biopic n’aura plus lieu d’exister dans le futur, préférant parler confusément « d’histoire vraie », comme le futur projet Cycling Project (Stephen Frears) sur les victoires cyclistes de Lance Armstrong.

Hollywood vs France
Puisant dans cette source intarissable d’histoire à succès plus ou moins connue du grand public pour nourrir ses histoires, Hollywood est très friante du fait divers. De nos jours, le genre reste propulsé à la tête de toutes les salles de cinéma américaines, notamment au moment des Oscar tant il réussit à glaner les statuettes, précisément dans la catégorie meilleure interprétation. Ainsi, Julia Roberts pour Erin Brockovich (Steven Soderbergh), Charlize Theron pour Monster (Patty Jenkins) ou Gene Hackman pour French Connection (William Friedkin) sont repartis avec la récompense suite à l’adaptation de faits divers. Cette année encore, les nominations fusent pour le fait divers entre Captain Philips (Paul Greengrass), Dallas Buyers Club (Jean-Marc Vallée), Le Loup de Wall Street (Martin Scorcesse)…

Welcome to New York, Wild Bunch

La France n’est pas restée en retrait dans le domaine de l’adaptation de faits divers retentissants. Cependant, les contraintes juridiques ont longtemps restreint les scénaristes français à parler de l’actualité récente tant la législation française est très protectrice de la vie privée. Toute adaptation d’une histoire vraie expose en effet les producteurs à une condamnation pour diffamation ou violation de la vie privée lorsque le film porte atteinte aux personnes ou dévoile des aspects méconnus de l’affaire. Dans les années 70-80, on commence à voir se développer cette simultanéité entre le fait divers et le traitement au cinéma avec notamment L’Affaire Dominici (Claude Bernard Aubert). Cependant, les années 90-2000 signent l’explosion de l’intérêt du cinéma français pour l’actualité de sorte qu’on a commencé à traiter de tout et n’importe quoi avec plus ou moins de réussite.

Attention à la simultanéité entre le fait et l’adaptation
Le critère du faible décalage temporel entre le film et le sujet qu’il traite est devenu la pratique actuelle en matière de production cinématographique. À chaque sujet marquant, les productions s’affolent pour en faire un film, voulant surfer sur l’effet d’actualité. Or, l’absence de recul empêche une analyse approfondie. De ce fait, l’œuvre cinématographique est une pâle description de ce qui s’est produit. Le cinquième pouvoir (Bill Condon), sur le scandale Wikileaks, en fait les frais en imposant aux spectateurs une lourdeur confuse qui ne comprend pas bien la portée d’un tel diagnostic. Idem pour le semblant de biopic qui a été lancé le lendemain de la mort du président d’Apple pour engranger un maximum d’argent, Jobs (Joshua Michael Stern) est vide. Certaines œuvres arrivent quand même à tirer leur épingle grâce à cette simultanéité comme L’Emploi du temps (Laurent Cantet) ou Elephant (Gus van Sant). De même, on préfère un JFK (Oliver Stone) qui revient sur l’enquête suivant l’assassinat de J.F. Kennedy en y apportant un point de vue gonflé allant à l’encontre de celui donné par la commission Warren.

Le fait divers se suffit à lui-même
S’il fallait fonctionner aux coups de cœur des films de faits divers, on pourrait certainement citer À l’origine (Xavier Giannoli) pour son message humaniste et l’interprétation exemplaire de François Cluzet. Des Hommes et des Dieux (Xavier Beauvois) vient également à l’esprit grâce à son rythme très posé et à son thème choc. A l’inverse, les chroniques judiciaires à répétition usent. Présumé coupable (Vincent Garenq), Omar m’a tuer (Roschdy Zem), A perdre la raison (Joachim Lafosse) sont des sujets qui ont trop été traités dans les médias pour qu’on y trouve un intérêt au cinéma. Le critique littéraire Roland Barthes disait à propos du fait divers :

« Information totale, ou plus exactement immanente ; il contient en soi tout son savoir : point besoin de connaître rien du monde pour consommer un fait divers ; il ne renvoie formellement à rien d’autre qu’à lui-même« .

Il montre ainsi le principal risque de traiter d’un tel sujet au cinéma. En effet, ce dernier ayant fait l’objet d’une trop importante couverture médiatique, le spectateur en connait tous les rouages et les travers. Ainsi, l’apport créatif du réalisateur est essentiel pour ne pas que le fait divers prenne le pas sur l’artistique.

Le fait divers au cinéma est donc un genre atypique. S’il peut être couronné de succès, il faut néanmoins faire attention à ne pas tomber dans les clichés trop évidents d’un traitement bâclé et irréfléchi. À la lecture de cet édito, on se replongera également dans Zodiac (David Fincher) qui, même s’il n’est pas cité dans l’analyse, a largement sa place dans une filmographie de référence. On compte sur vous pour ajouter des titres…

Antoine Corte

Pour aller plus loin, je vous propose de découvrir l’émission de février 2014 de La Grande Séance sur la webradio Séance radio, dédiée au cinéma, avec comme invité le réalisateur Yves Boisset qui revient sur le fait divers au cinéma.

http://www.seanceradio.com

Autres références utiles :
DSK, Kerviel, Armstrong : 2014, les faits divers font leur cinéma, Le Figaro, 9 janvier 2014
Films tirés de faits divers, Vodkaster
Le fait divers, pain bénit pour le cinéma, Le Monde, 8 janvier 2013
Les faits divers, de grandes histoires de cinéma, L’Express, 8 juin 2011
Peut-on adapter au cinéma un fait divers qui n’a pas encore été jugé ?, Slate, 6 juin 2012

In the Beginning, EuropaCorp Distribution
If we have to tell our coup de cœur of movies about news items, we could quote In the Beginning (Xavier Giannoli) for its humanist message and its excellent actor François Cluzet. We can include Of Gods and Men (Xavier Beauvois) too for its very calm rythm and its shocking subject. In contrast, repeated criminal chronicles are beginning to bother us. Guilty (Vincent Garenq), Omar Killed Me (Roschdy Zem), Our children (Joachim Lafosse) are subjects that have been too much treated in the news to interest us in cinema. The literary critic Roland Barthes said about news item:

« Information totale, ou plus exactement immanente ; il contient en soi tout son savoir : point besoin de connaître rien du monde pour consommer un fait divers ; il ne renvoie formellement à rien d’autre qu’à lui-même » (« Whole or more precisely immanent information ; it contains in itself all its knowledge: no need to know anything in the world to read a news item, it formally refers to nothing else than itself »).

It shows the main risk of treating such a subject in cinema. Indeed, having watched too much news coverage, the viewer knows all the cogs and faults. Thus, the creative contribution of the director is essential for not only the news item must not take precedence over the art

So the news item in cinema is an atypical kind. If it can be successful, we must nevertheless be careful not to fall into too obvious clichés in a sloppy and careless treatment. After reading this post, we can also watch again Zodiac (David Fincher) which, even it is not mentioned in the analysis, has largely his place in a filmography of reference works. We count on you to add movies…

Antoine Corte

Useful references (in French):
DSK, Kerviel, Armstrong : 2014, les faits divers font leur cinéma, Le Figaro, 9 janvier 2014
Films tirés de faits divers, Vodkaster
Le fait divers, pain bénit pour le cinéma, Le Monde, 8 janvier 2013
Les faits divers, de grandes histoires de cinéma, L’Express, 8 juin 2011
Peut-on adapter au cinéma un fait divers qui n’a pas encore été jugé ?, Slate, 6 juin 2012
Radio show La Grande Séance, on webradio Séance radio, about news item in cinema (02/04/2014)

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