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CINEMA: « Paranormal Activity », horreur de l’intime/horror of the intimacy

Depuis que Micah et Katie ont emménagé dans leur maison de banlieue, des phénomènes inexplicables surviennent la nuit, quoiqu’ils semblent a priori anodins : objet peut-être déplacé, grincement suspect au rez-de-chaussée, etc. Tandis que sa compagne est persuadée que leur maison est hantée et qu’ils devraient se faire aider par des spécialistes du paranormal, Micah se pique de vouloir filmer lesdits phénomènes en laissant tourner sa nouvelle caméra en continu durant leur sommeil. Au début largement sceptique, voire même moqueur, il va bientôt devoir se rendre à l’évidence : ils ne sont pas les seuls occupants des lieux…

For quite some time already, odd phenomenons are occuring at night in Micah and Katie’s new suburban house, although they may seem quite harmless: objet maybe or maybe not moved, suspicious squeaking on ground floor, etc. While his girlfriend believes their house to be haunted and that they should seek help from specialists of the paranormal, Micah intends to record the so-called phenomenons by leaving his camera on to film non-stop while they sleep. Sceptical at first, even mocking Katie, Micah soon comes to realize that they are indeed not the only ones in this house…

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Paranormal Activity a été vendu sur un bouche-à-oreille irrésistible et une bande-annonce très maligne, à base d’horreur pseudo-documentaire post-Blair Witch et de réactions de public-test filmées en caméra infrarouge : à voir les cris que poussent les spectateurs, on se demande si l’on va, nous aussi, éprouver un tel frisson… et ça marche : succès surprise, le film est en passe de devenir un nouveau record de box-office pour un film « fait maison ». Reste alors la question : est-ce vraiment flippant ? Pour peu qu’on accepte le postulat de base, à savoir que les événements que nous allons voir sont censés avoir réellement eu lieu, Paranormal Activity distille un suspense savamment orchestré, les phénomènes que Micah s’efforce de filmer prenant de plus en plus d’ampleur à mesure que le film avance, si bien qu’on est progressivement happé par le récit, et que ce qui commence comme un exercice un peu convenu (le type qui se filme finit par devenir victime de son projet filmique) s’avère être un bel exemple d’horreur intime.


« Ne regarde pas la caméra, regarde-moi. »
Katie livre la clé du film presque dès le début.
« Don’t look at the camera, look at me. »
Katie gives away the key to understand the movie almost from the beginning
La mise en scène d’Oren Peli fonctionne en deux temps : le film jongle en effet entre les plans filmés à la main par les comédiens eux-mêmes et un plan fixe de la chambre à coucher enregistré par la caméra que Micah pose chaque soir sur un trépied avant d’aller dormir (plan parfois accéléré pour montrer le passage des heures). Dominé par une sensation d’instantanéité documentaire, les plans à la main servent essentiellement à poser les personnages, montrer la dégradation de leur santé mentale et développer l’intrigue. Le plan fixe, clé de voûte de la mise en scène de Peli, est en revanche le moment privilégié de l’horreur : c’est d’autant plus paradoxal que les personnages n’y font rien d’autre que dormir ! En fait, c’est précisément le fait qu’ils soient à leur plus vulnérable qui rend ces scènes si intenses, voire insoutenables.

« J’ai travaillé pendant des mois sur ce plan, » explique Peli. « J’ai joué avec de nombreux types d’éclairage ; il fallait que ce soit naturel. Vous devez à peine être capable de voir ce qu’il se passe dans la chambre, tout en maintenant une certaine clarté pour les spectateurs. » Le statisme affiché de ce plan-signature lui confère un caractère irrésistible et presque magnétique auquel on ne peut espérer échapper par une quelconque coupe, et qui invite littéralement les spectateurs à appréhender les événements au point qu’il s’y ajoute une certaine ambiguïté morale. En effet, s’attendant à être surpris, les spectateurs se mettent à participer au suspense : on veut que quelque chose se produise, que telle forme dans l’ombre se mette à bouger, que la porte claque soudainement… Cette idée admirablement bien trouvée subvertit très habilement le genre du film « à la Blair Witch » en allant à contre-courant de l’usage qui a généralement été fait jusqu’à présent de la caméra légère, c’est-à-dire en refusant l’extrême mobilité qu’elle autorise pour effrayer à peu de frais. Ici, il ne se passe quasiment rien lorsque les personnages portent la caméra à la main ou qu’ils se déplacent dans la maison : ce n’est que lorsqu’elle est posée sur son trépied, et donc libérée de l’emprise « humaine », que surgissent les événements surnaturels. Comme si les événements n’existaient que pour la caméra… ou « par » la caméra ?


Le réalisateur Oren Peli
The Director Oren Peli
À plusieurs reprises, les personnages avancent en effet l’idée que les phénomènes empirent depuis que Micah a commencé son expérience vidéo et que la présence de la caméra « encourage » en quelque sorte l’entité à intensifier ses attaques. Or, filmer durant son sommeil, c’est littéralement filmer ce qu’on ne voit pas, ce qu’on ne peut pas voir : l’invisible. Ce qui n’est rien d’autre qu’une définition possible du hors-champ de l’image de cinéma. Répondant à « l’invitation » du personnage de Micah, il est dès lors normal que celui-ci cherche à s’incarner dans le champ de la caméra : et, justement, les phénomènes surnaturels se font de plus en plus « concrets » (mobilier déplacé, traces de pas et ombre du « démon », etc). Mais ce qui rend Paranormal Activity si angoissant, c’est qu’il présente un récit d’invasion du « chez soi » vécu comme une expérience scientifique ludique par le personnage de Micah qui réalise trop tard qu’il est son propre cobaye. Surtout, le film montre l’impossibilité de trouver refuge dans l’endroit pourtant traditionnellement considéré comme le plus intime : la chambre, sous les draps. « Un de mes objectifs était de créer quelque chose que les gens définiraient comme le film d’horreur de leur génération », explique Peli pour conclure, « après avoir vu Psychose, les gens disaient qu’ils ne prendraient plus de douche, ou après Les Dents de la Mer et Open Water qu’il n’iraient plus se baigner dans l’océan ; et après Le Projet Blair Witch qu’ils n’iraient plus jamais camper en forêt. Je me suis dit que dormir à la maison est relativement impossible à éviter. Du coup, si je parviens à faire en sorte que les gens aient peur d’être chez eux, Paranormal Activity pourrait fonctionner. »

En refusant cette ultime protection à ses personnages, Peli joue en fait sur un mécanisme de défense purement infantile, comme pour mieux toucher l’enfant apeuré qui sommeille encore en nous !

Sébou/세부

USA – 2009 – 1h26
Écrit, monté, réalisé par Oren Peli
Produit par Jason Blum, Oren Peli
Co-produit par Toni Taylor, Amir Zbeda
Producteur exécutif Steven Schneider
Avec : Katie Featherston, Micah Sloat, Mark Fredrichs, Amber Armstrong, Ashley Palmer
Site officiel du film : http://www.paranormalactivity-movie.com

Paranormal Activity has been sold by word of mouth and by his cleverly made trailer: post-Blair Witch, pseudo-documentary-like images mixed with footage from infrared cameras filming an actual audience during a preview of the movie. Judging by their screams, we wonder whether we too shall be as scared as them… and it’s working: a surprise box-office hit, the movie is set to become a new record for home-made movies. Then, there is the question: is it really scary? For those who accept the postulate that what we’re about to see has supposedly really happened somewhere, Paranormal Activity’s suspense appears skillfully orchestrated as the phenomenons that Micah tries to record slowly gain momentum, progressively grasping the audience. Starting with an air of deja vu (the dude who films itself becomes the victim of his own video project), the movie proves itself to be a fine example of intimate horror.


Extrait de la bande-annonce : spectateurs hurlant devant le film.
Extract from the trailer: audience screaming during a screening
Oren Peli’s directing works in two times: the movie shifts between hand-held shots made by the actors themselves and a fixed shot of the bedroom that Micah sets every night by leaving his camera on its tripod just before he goes to sleep (sometimes accelerated to show the hours passing). Dominated by a feeling of documentary spontaneity, the hand-held shots are here purely to establish the characters, showing the deterioration of their mental stability and develop the plot. However, the fixed shot, keystone of Peli’s mise en scene, is where the horror unfolds: this is all the more paradoxical that the characters, for the most part, do nothing else than sleep! Actually, that’s precisely because they are at their most vulnerable that these sequences are so intense, unbearable even.

« I’d worked on that shot for months, » Peli explains. « I was playing with all different types of lightning; it had to be natural. You need to be able to barely see what’s happening in the bedroom while still maintaining a degree of clarity for the audience. » That overt motionlessness confers this signature-shot an irresistible, almost magnetic feeling which you can’t hope to escape by any editing effect and which invites the audience to apprehend the events to the point where it creates a certain moral ambiguity. Expecting to be surprised, the audience actually start to participate in the suspense: indeed we want something to happen, some shadowy shape to move or that door to mysteriously slam… This admirable idea cleverly sabotages the Blair Witch-like genre as it goes against the fashion to use the (too) great manoeuvrability that the home camera offers and as it refuses to scare for cheap. Here, very little happens when the characters hold the camera or move throughout the house. Only when the camera is fixed on its tripod, that means when it’s freed from human contact and influence, only then do supernatural events occur. As if these events existed only for the camera… or is it « from » the camera?

On several occasions, the characters observe that the phenomenons have worsened since Micah started his video experiment, and that the camera’s presence has « encouraged » the entity to intensify its attacks. But then, filming during one’s sleep litteraly means filming that which one does not and can not see: the invisible. Which by the way is a possible definition of the out-of-screen of the cinema image. Answering Micah’s « invitation », it is therefore logical that this notion tries to become incarnate inside the frame of the fixed camera: and the phenomenons indeed become always more « concrete » (moving furniture, footsteps and shadow of the « devil » appearing, etc). However, that which truly makes Paranormal Activity scary is that it is a story about a home invasion that the Micah character considers at first like a playful scientific experiment until he realizes too late that he actually is his own guinea-pig. Above all, the movie points out the impossibility to take shelter in what is traditionally thought of as the most intimate refuge: the bedroom, under the sheets. « One of the things I wanted to do was create something that people could say defined horror for their generation, » concludes Peli, « the way after Psycho people said they would never take another shower; after Jaws and Open Water that they would never again swim in the ocean; and after Blair Witch that they would never again go camping in the woods. I figured, well, sleeping at home is something you can’t really avoid. So if I can make people scared of being at home, Paranormal Activity might do something. »

By refusing that ultimate protection to his characters, Peli actually plays on a purely infantile defense mecanism, as if to better touch the frightened child in all of us!

Sébou/세부

USA – 2009 – 1h26
Written, edited, directed by Oren Peli
Produced by Jason Blum, Oren Peli
Co-produced by Toni Taylor, Amir Zbeda
Excutive producer Steven Schneider
With : Katie Featherston, Micah Sloat, Mark Fredrichs, Amber Armstrong, Ashley Palmer
Official website : http://www.paranormalactivity-movie.com

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5 Commentaires

  1. mdr, vous m'avez presque donné envie de voir ce film alors qu'il ne semble rien se passer du tout dedans ! D'où des plans sur le public dans la ba, non ?

  2. On peut se tutoyer si tu veux.
    En l'occurence, malgré les plans du public, la b-a en montre presque trop, si bien que si on s'en souvient clairement en allant voir le film, on peut un peu facilement anticiper le déroulement de l'intrigue… ça n'empêche pas le suspense de fonctionner à plein !
    Sébou/세부

  3. "Curiosité et méfiance : la bande-annonce, pompée sur celle de Rec – les réactions du public filmées en caméra infrarouge -, paraissait déjà suspecte. L'escroquerie se confirme quand on découvre le dispositif (minimaliste) du film : deux jeunes Américains très moyens installent une caméra de surveillance dans leur hideuse villa, soi-disant hantée, de la banlieue de San Diego. Et qu'observent-ils ? Une porte qui claque, la lumière du couloir qui s'allume en pleine nuit. C'est tout ? Oui. L'arnaque absolue, on vous dit."

    Jérémie Couston (http://www.telerama.fr/cinema/films/paranormal-activity,396732,critique.php)

    Qui croire ?

  4. À Bruce Wayne et Jérémie Couston cité par "Anonyme" :
    Le minimalisme n'a rien d'un mal quand il fonctionne – en l'occurence, si des milliers de spectateurs flippent leur mère devant "Paranormal Activity", ça ne peut pas être seulement qu'une arnaque. Après, que ça ne vous ait pas plu ou que ça n'ait pas fonctionné sur vous, c'est autre chose…
    Quant à la b-a pompée sur "Rec", j'ai cherché sur youtube et seulement trouvé une version entrecoupée de brefs extraits d'interviews de spectateurs à la sortie de la séance disant sûrement que ça fout les boules, ou que les zombies ont raison de trouver Manuela Velasco à leur goût, etc.
    Et puis au fond, peu importe : ça n'empêche pas la b-a de "Paranormal Activity" de provoquer chez beaucoup de personnes ce que j'ai décrit dans l'article, c'est-à-dire cette curiosité d'aller voir si on aura aussi peur que les gens qui hurlent à la caméra infrarouge.
    Sébou/세부

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