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Vengeance - affiche

#Cannes2009 : 復仇 (Vengeance) de Johnnie To

Le Festival de Cannes 2009 terminé, nous avons choisi pour cette rubrique de parler de chacun des films nominés par le relévé de quelques plans marquants de chacun d’entre eux. Après “Los abrazos rotos” (“Etreintes brisées”) de Pedro Almodovar, deuxième rencontre cinématographique avec “復仇” (“Vengeance”, 2009) de Johnnie To. Dans ce film, un père, Costello (Johnny Halliday), vient à Hong Kong pour venger sa fille (Sylvie Testud) dont la famille a été victime de tueurs à gages.

Oui, je sais que beaucoup se sont demandés ce que faisait le film d’action de Johnnie To dans la sélection cannoise.
Oui, je sais que le scénario deuxième degré du film peut dérouter.
Et non, je ne sais pas pourquoi il n’a rien eu dans le palmarès final. Mais par contre, souhaitant dans cette rubrique évoquée les films sélectionnés à Cannes par des plans, nous allons l’aborder en cinq points, sous l’axe de l’esquive.
 
 
I – L’art de l’esquive : L’hôtel

Pour cette séquence où Costello va rencontrer pour la première fois les tueurs qu’il va engager pour venger sa fille, nous avons droit à un montage alterné.
D’un côté, trois tueurs, Kwai (Anthony Wong), Chu (Lam Ka Tung) et Lok (Lam Suet), exécutent contrat : tuer la petite amie de leur commanditaire et son amant. De l’autre, Costello, engoncé dans son imperméable, rentre tranquillement à son hôtel. Mais quand Costello passe près de la chambre où sont les tueurs, ils s’arrêtent subitement, intrigués par le bruit émis par les silencieux. Il se retourne et se retrouve aussitôt face aux trois tueurs sortant de la chambre. La scène est ralentie et commence ici ce que j’appellerai l’art de l’esquive ou instinct de survie. Ralentir la scène a trois fonctions : permettre de montrer subrepticement le flingue d’un des tueurs à Johnny pour qu’il comprenne rapidement la situation, sous-entendre en même temps son propre passé (comment a-t-il fait pour reconnaître le bruit d’un silencieux sans avoir été lui-même un tueur ?) et installer une tension dans le face-à-face de regards entre Costello et les tueurs. Proche d’une scène à la Sergio Leone, on s’attend à un affrontement mais Costello l’esquive en tournant le dos aux tueurs et en s’éloignant dans le couloir de l’hôtel sans mot dire. Première esquive.

II – Nouvelle esquive : L’aire de pique-nique

Le soir sur une aire de pique-nique située dans une forêt, Costello et ses tueurs à gage ont enfin retrouvé les assassins de sa fille. L’affrontement s’apprête à commencer, les corps ennemis se rapprochent en silence et au ralenti quand surgit subitement femmes et enfants des assassins venus pique-niquer avec eux dans la forêt. Costello et ses acolytes sont alors obligés de remonter au sommet d’un terre-plein et d’observer les assassins et leur famille en contrebas. Deuxième esquive mais contrairement à précédemment où Costello s’éloignait, ici, chacun reste sur sa position, en attente. Deuxième esquive mais déjà l’affrontement devient inévitable.

III – L’esquive impossible : La décharge

Ce qui devait arriver arrive quand les personnages ne peuvent plus esquiver l’affrontement : c’est la mort assurée. Ainsi en est-il dans la séquence de la décharge où les tueurs à gage engagés par Costello se retrouvent encerclés par des centaines d’autres tueurs. Impossible donc pour eux d’esquiver le face-à-face mortel qui les attend. Aussi se cachant derrière d’énormes ballots de vieux papiers, ils participent au ballet meurtrier des balles qui finissent par atteindre leur but : leur propre mort.

IV – Le refus de l’esquive : La rue

De même, en refusant l’esquive (la fuite) et en décidant de passer effrontement devant un Costello à la mémoire vacillante, le big boss, George Fung (Simon Yam), qui a condammé la famille de la fille de Costello précipite également sa mort. Comme dans l’hôtel, c’est un ralenti qui va révéler à Costello les enjeux de la scène : un coup de vent va soulever la cravate du George Fung et dévoiler l’autocollant collé dessous qui le condamne.

V – Conclusion : L’ultime esquive

Décidé à venger sa fille, Costello survivra à l’épreuve en pratiquant toujours, même involontairement, l’art de l’esquive. Ainsi, la seule fois où il sera blessé dans le film sera la seule fois où il ne la pratiquera pas. Donc, contrairement à l’irrémédiable sacrifice d’un Walt Kowalski (Clint Eastwood) dans “Gran Torino” du même Clint Eastwood, Costello pourra rester en vie en pratiquant l’esquive ultime face à la mort par la perte progressive et définitive de la mémoire, le poussant à oublier jusqu’à l’idée même de vengeance.

Et oui, je sais qu’il faut voir “Vengeance” comme un film d’action avec une magnifique mise en scène.
Oui, je sais qu’il est toujours intéressant de voir comment les cinéastes intègrent nos acteurs occidentaux dans leurs films : par exemple, voir le réalisateur chinois Tsai Ming-liang filmer l’acteur Jean-Pierre Léaud en Chine dans “你那边几点” (“Et là-bas, quelle heure est-il ?”) ou voir le réalisateur japonais Nobuhiro Suwa filmer les acteurs Valeria Bruni-Tedeschi et Bruno Todeschini en France dans “Un couple parfait”.
Et non, je ne sais pas combien de temps le film restera à l’affiche mais dépêchez- vous d’aller le voir pour en apprendre l’art de l’esquive.

Fiche artistique du film :

Costello : Johnny Halliday
Irene Thompson : Sylvie Testud
Kwai : Anthony Wong
Chu : Lam Ka Tung
Lok : Lam Suet
George Fung : Simon Yam

Fiche technique du film :

Réalisateur : Johnnie To
Scénario : Wai Ka Fai
Image : Cheng Siu Keung
Son : Steve Chan
Décors : Silver Cheung
Costumes : Stanley Cheung
Montage : David Richardson
Musique : Lo Tayu
Producteurs : Johnnie To et Wai Ka Fai
Michele Pétin et Laurent Pétin
Peter Lam et John Chong

En savoir plus :

Jean-Christophe Nurbel
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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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