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Etreintes brisées - affiche

[ANALYSE] “Étreintes brisées” (2009) de Pedro Almodóvar

Le Festival de Cannes 2009 terminé, nous avons choisi pour cette rubrique de parler de chacun des films nominés par le relevé de quelques plans marquants de chacun d’entre eux. Première rencontre cinématographique donc avec Étreintes brisées (Los abrazos rotos) de Pedro Almodóvar pour une intéressante recherche de magnifiques images cinématographiques. La preuve en trois plans.

Synopsis :

Une histoire tragique d’amour fou à quatre entre le réalisateur Mateo (Lluís Homar), l’actrice Lena (Pénélope Cruz), l’assistante Judit (Blanca Portillo) et le producteur Ernesto Martel (José Luis Gómez).

I – Un générique vidéo pour Étreintes brisées

Étreintes brisées image 1
© D.R.

Le film Étreintes brisées s’ouvre sur une étrange qualité d’image pour une projection en salle sur pellicule : le visage des comédiens est enregistré par un dispositif vidéo, souligné par le viseur en croix de la caméra. Ces images semblent comme prises à l’insu des comédiens (Pénélope Cruz, Lluis Homar et leurs doublures lumière) lors de la mise en place d’une scène à venir. En plus d’annoncer le film dans le film à venir, ce choix d’ouverture de Pedro Almodóvar souligne l’envie de celui-ci de rendre hommage dans son film au cinéma. Le film sera ainsi traversé par les ombres et les lumières de films de réalisateurs comme Roberto Rosselini, Luis Buñuel, Alfred Hitchcock et Douglas Sirk ainsi que par les visages éternels d’actrices comme la brune Audrey Hepburn et la blonde Marilyn Monroe.

“Le générique apparaît sur des images d’une texture étrange, très différente de celle du reste du film. C’est une texture difficile à identifier. (…) Ces images ont été filmées à l’insu des protagonistes, avec la caméra vidéo qui est reliée à la caméra Panavision, avec laquelle est tourné le film. C’est une caméra de contrôle pour visionner les prises pendant ou immédiatement après leur tournage. D’habitude, ces images ne sont pas transférées sur pellicule, mais c’est ce que j’ai fait, d’où cette image à la texture étrange sur laquelle apparaît le début du générique.
Penélope est étrangement sérieuse, très concentrée, imperméable à ce qui se passe autour d’elle. (…) Même si sa coiffure est inspirée de celle d’Audrey Hepburn dans Sabrina, son attitude me fait penser à la répliquante jouée par Sean Young dans Blade Runner. On ne voit pratiquement pas le visage de Lluís Homar, qui est de dos, immobile, face à Penélope. On les croirait étrangers l’un à l’autre.
Le directeur de la photographie cache l’objectif de la caméra avec sa tête, créant un fondu au noir spontané. Dans ce film, les fondus au noir sont très significatifs” (Pedro Almodóvar).

II- Les mains

Étreintes brisées image 2
© D.R.

Retour beaucoup plus tard dans le film Étreintes brisées de l’analogique avec un gros plan sur les mains du réalisateur aveugle, Mateo qui cherche à sentir sous ses doigts le visage de l’actrice défunte, Léna, sur l’image arrêtée du making of du film dans le film. Étrange beauté où l’imperfection de la vidéo est magnifiée par le gros plan et la pellicule 35mm.

“(…) Mais je ne veux pas être nostalgique, je ne veux surtout pas que la nostalgie me paralyse. Je suis prêt à embrasser les nouvelles technologies, à l’instar de Mateo qui embrasse sur le téléviseur le baiser agrandi numériquement et qui apparaît totalement brisé sur l’écran. Justement, c’est le clignotement dû à la pixellisation qui rend l’image si forte” (Pedro Almodóvar).

III – l’Île de Lanzarote

Étreintes brisées image 3
© D.R.

Enfin, il y aura cette surprenante image de couleur noire dans un film Étreintes brisées de Pedro Almodóvar avec le plan de la voiture qui transporte le réalisateur Mateo et l’actrice Léna en fuite sur une route zébrant au milieu d’une terre sombre et trouée de cratères volcaniques.Belle image annonçant l’accident puis le deuil à venir.

“Lors de ma première visite dans l’île, mon empathie avec la couleur noire était une nouveauté pour moi. Le noir ne faisait pas partie de ma palette de couleurs. Je suis arrivé à faire le plus facile des rapprochements : je devais mon nouveau goût pour le noir à mon deuil après la mort de ma mère. Dans ma nouvelle condition d’orphelin, je trouvais son reflet dans l’obscurité de l’île” (Pedro Almodóvar).

Prochaine analyse : Vengeance de Johnnie To.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 20/05/2009
  • Distribution France : Pathé Distribution
Jean-Christophe Nurbel
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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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